[Critique] Prometheus: « Ceci n’est pas un Alien »

Alien. Un nom si court, qui suffit à évoquer des nuits d’angoisse et de cauchemar, à voir dans en chacune des ombres sur les murs de sa chambre la tête d’une terrifiante bestiole. Des heures à  empêcher sa vessie de lâcher, les yeux rivés sur l’écran. Mais aussi la jubilation de dire à sa petite sœur « c’est fini, tu peux regarder » précisément à l’instant le plus gore.

Alien, c’est tout simplement l’une des sagas les plus marquantes de l’histoire du cinéma. Aussi, lorsque Ridley Scott, réalisateur du premier opus, est annoncé aux commandes de ce volet, on se met à baver comme un xénomorphe sur le point de s’offrir un steak de terrien. Repas cinq étoiles ou amuse-gueule ?

De l’origine… au chaos

Initialement conçu comme une préquelle à Alien, le Huitième Passager (1979, Ridley Scott), Prometheus devait apporter des éclaircissements quant à l’origine de cette espèce extra-terrestre. Plus tard, Ridley Scott a annoncé que son travail avait évolué vers un projet original, se déroulant dans le même univers. En fin de compte, le film contient de nombreuses références aux films de la saga (la compagnie Weyland,…) et contient une intrigue secondaire qui apportera, dans une certaine mesure, une réponse à l’origine des aliens… tout en renvoyant vers d’autres mystères.

En 2089, un couple de scientifiques, Elizabeth Shaw (Noomi Rapace) et Charlie Holloway (Logan Marshall-Green)  découvre des dessins préhistoriques en Ecosse, identiques à ceux trouvés dans d’autres civilisations, dispersées dans le monde et dans les âges. Convaincus qu’il s’agit d’une invitation laissée par la civilisation extra-terrestre (les Ingénieurs) qui nous a engendrés, les amoureux s’embarquent à bord du vaisseau spatial Prometheus, affrété par la compagnie du milliardaire Weyland. Destination : une planète lointaine représentée sur les dessins…  Si le faisceau d’indices vous semble mince pour une telle déduction et bien… tant pis pour vous ! Nous n’en saurons pas (beaucoup) plus.

Quelques années plus tard, le vaisseau atteint sa destination et se pose aux abords d’un dôme tout aussi monumental qu’artificiel. Ne pouvant attendre plus que le temps d’un briefing de mission, Shaw et Holloway entreprennent une première expédition. Badaboum, les ennuis commencent. La situation dégénère rapidement et l’équipage se fait peu à peu laminer. A défaut d’en apprendre plus sur leur origine, nos chers scientifiques étudient de près leur possible fin.

Il faut bien avouer que l’intrigue principale n’est pas très folichonne et manque de (bonnes) surprises. Les commentaires de Ridley Scott et le battage publicitaire autour du film laissaient entrevoir une histoire originale avec plus d’envergure que les films précédents.  Peut-être ai-je été naïf, je m’attendais à ce qu’il y ait une forme de réponse à la question de l’origine de l’homme, quelque chose d’un peu fouillé, voire de philosophique. Au final, le film est extrêmement superficiel et évite ces questions. On reste cantonné à une trame classique : ce qui devait nous aider à comprendre se retourne contre nous. L’enjeu du film, c’est la survie, pas le questionnement. De ce côté, la déception est énorme.

Ce qui me dérange le plus, c’est cette désagréable impression que toutes ces questions ont été conservées pour une éventuelle suite. Prometheus ouvre la porte à une nouvelle saga spatiale.  Il ne fait aucun doute que le succès d’Avatar a éveillé les appétits de certains…

Dommage, parce que le potentiel du film est (était) énorme, grâce notamment à ses sous-intrigues, liées aux intérêts spécifiques de certains personnages. Des pistes sont lancées, des thèmes intéressants abordés (la vie, la mort,…),… mais tout est survolé. Du coup, on reste dans les stéréotypes. Un beau gâchis.

Tout comme l’intrigue, les personnages sont quelconques, classiques et sans surprises. Globalement, l’équipage du Prometheus laisse indifférent : entre le rebelle qui n’en a rien à foutre, la chef pas très coopérative (Charlize Theron), l’androïde copié-collé des premiers films d’Alien (Michael Fassbender), difficile d’éprouver de l’empathie. Il y a également les « personnages anonymes » : qui ils sont, ce qu’ils font ? Pas la moindre idée. Pour certains (beaucoup), je ne me souviens même pas à quel moment ils ont disparu (parfois, je ne l’ai tout simplement pas remarqué), alors que mourir est leur seul but dans ce type de film. Entourés d’équipiers transparents, les personnages centraux, Elisabeth Shaw et l’androïde David, ne laissent pas un souvenir impérissable. Ni mauvais, ni bons, ils sont des faibles copies du couple humain-androïde des premiers Alien.

Si la mort de certains personnages nous laisse indifférents, elle semble également peu affecter les autres membres de l’équipage. Leurs réactions et comportements ne m’ont d’ailleurs pas toujours semblé très cohérents.

Une beauté pas assez fatale

Mais vous me répondrez que  la question primordiale pour ce genre de film c’est : est-ce qu’on mouille son pantalon à chaque bruit suspect ? Pour moi, la réponse est clairement non. Lorsque j’ai vu le premier Alien, le suspense provenait du fait que je ne savais pas à quoi m’attendre. Le xénomorphe et ses phases de croissance successives, ses attributs (sang acide,…),… du jamais vu auparavant ! Chaque pas d’Ellen Ripley nous enfonçait plus profondément dans les ténèbres. Alien le Huitième Passager faisait figure de pionnier.

Sauf qu’en plus de trente ans, on a vu passer des dizaines de copies plus ou moins réussies de ce film, et la surprise n’est plus vraiment là. Pourtant, c’est ce qui nous est (res)servi dans Prometheus. Nous refaire le coup du face-hugger sauterelle aujourd’hui et espérer nous voir sursauter, ça en devient irrespectueux. Néanmoins le film contient un autre type de suspense, liés aux sous-intrigues mentionnées plus haut. Le problème, c’est que les scénaristes n’y sont pas allés très finement, au lieu de nous suggérer des comportements suspects de certains personnages, on nous les montre, ce qui les affaiblit.

J’aurais beaucoup aimé que les mésaventures médicales d’Elizabeth (je ne vous en dis pas plus, mais vous comprendrez de quoi je parle en voyant le film), au potentiel intéressant, s’étendent un peu plus. Mais à l’image du reste, c’est survolé.

Prenez une scène du premier Alien : souvenez-vous de ce brave gaillard qui se rafraichit sous un filet d’eau, de longs instants. A tout moment, on s’attend à voir surgir le monstre. Tout un coup, un bruit, c’est la panique… mais ce n’est que cet imbécile de chat ! Ouf ! Notre brave bonhomme s’en va à sa poursuite… et tombe nez-à-nez avec le monstre. Point de vue scénario et mise en scène, c’est génialement installé. Avant de passer à l’action, très brève, on instaurait une ambiance, une tension énorme. Ici, tout se passe trop vite, le rythme et l’action sont trop rapides, les silences pas assez présents. Et puis, même si personnellement je trouve le film très réussi esthétiquement, même si j’apprécie beaucoup l’univers visuel, l’ambiance qui s’en dégage n’est pas assez lugubre pour un film d’horreur.

Visuellement, Prometheus est magnifique, avec des effets spéciaux grandioses : effets holographiques, créatures,… le paradis des yeux ! Mes appréhensions par rapport à la 3D se sont vite envolées : elle est tout à fait réussie, car utilisée sobrement (traduction en langage de vipère : à défaut d’apporter quelque chose d’utile, elle ne nous gêne pas). Je n’ai pas remarqué les habituels problèmes de profondeur faussée.

La réalisation est impeccable, et apporte quelques éléments de variété intéressants (la caméra embarquée sur le casque notamment). Les scènes d’action, elles, sont réussies et prenantes, bien que sans grande surprise. La fin, pas assez épique, ne laissera pas une empreinte impérissable.

Un dernier petit mot à propos de la musique: quelconque, assez répétitive (et donc un peu lassante à la fin), elle ne colle pas tout à fait au film et apporte une petite touche de kitsch dans les moments héroïques.

It was just the beginning

Prometheus est une adaptation moderne d’Alien, le Huitième Passager : une thématique plus vaste (l’origine de notre espèce), des effets spéciaux dernier cri, mais, au final une structure qui reste sensiblement la même.

A vrai dire, si Prometheus est décevant, c’est uniquement par rapport aux attentes qu’il suscitait, car en lui-même, il reste très agréable à regarder. C’est un film de science- fiction horrifique de bon niveau, techniquement maitrisé, mais qui manque d’audace. Bien que je n’ai été surpris à aucun moment, je ne me suis pas ennuyé une seconde, et je ne regrette pas de m’être déplacé!

La fin, à la fois décevante et prometteuse,  laisse l’impression d’avoir assisté à une bande-annonce de deux heures. Comme si Prometheus n’était que le volet introductif d’une nouvelle saga, qui ferait le lien avec Alien, et qui permettrait d’en exploiter l’énorme potentiel.

Nicolas

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5 réflexions sur “[Critique] Prometheus: « Ceci n’est pas un Alien »

  1. Je viens d’aller voir le film et j’ai exactement la même analyse que toi! Plusieurs phrases m’ont fait sourire car elles correspondent mot pour mot aux réflexions que je me suis faites 😉
    Bonne continuation pour ton blog et à+!

  2. Pingback: Le twist final : la bonne idée devenue effet de mode « Scientas'Hic

  3. Pingback: Prometheus : la meilleure défense, c’est l’attaque! Exprimer à haute voix ce que pense le spectateur! « Scientas'Hic

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