[Critique] Les Annales de la Compagnie noire, tome 2 : Le Château noir

(v.o. Shadow Linger, 1984. Traduction française : 1999)

Critique des Livres du Nord (trois premiers tomes de la saga)  par ici . Je vous conseille de la lire également, elle vous donnera un aperçu général du premier cycle. Garanti sans spoilers !

Pour lire la critique du tome 1, c’est par !

 

Synopsis

Six années se sont écoulées depuis la bataille de Charme.  A Génépi, en bordure de l’Empire, un mystérieux château noir attire l’attention. D’apparence presque organique, il grandit à vue d’œil. Parallèlement, d’étranges disparitions sont signalées dans la ville…

Chargée d’enquêter, la compagnie noire s’empêtre dans une situation inattendue. Entre les secrets qu’ils désirent préserver et leurs propres intérêts, Toubib et ses compagnons devront la jouer finement pour échapper à l’anéantissement…

Critique

Ce deuxième tome est radicalement différent du premier. Toujours narré par Toubib, mais en alternance avec d’autres personnages, il est beaucoup plus rythmé. Il bénéficie d’une unité de lieu qui concentre l’action et la rend plus intéressante.

La première moitié du bouquin est un véritable jeu du chat et de la souris (et du chien tant qu’on y est) entre la compagnie noire, les Asservis, les soldats du Duc et Marron Shed. Les intrigues s’entremêlent et partent sur des fausses pistes, tandis que la compagnie noire tente de préserver ses secrets.

De l’alternance que Glen Cook a eu la bonne idée d’instaurer nait du suspense . Nous, lecteurs, connaissons la vérité. Pure jubilation que d’assister au chassé-croisé entre les personnages, pure délectation que d’observer l’interprétation erronée de évènements auxquels ils sont confrontés. Tous ces faits et gestes prennent place dans une atmosphère qui suinte la pourriture. Une atmosphère de suspicion généralisée, dans laquelle personne ne fait confiance à personne.

C’est dans ce tome que la Compagnie montre pleinement son côté sombre : elle n’hésite pas à se débarrasser de ceux qui sont en travers de sa route si nécessaire, y compris les anciens amis. Et pourtant, ces mercenaires ne sont pas des brutes sombres, ils ont des états d’âme et se posent des questions. Sont-ils dans le bon camp ? Est-ce juste ? Quoiqu’il en soit, ils poursuivent leur mission.  La Compagnie, comme Génépi, est empreinte de fatalisme et de résignation.

La deuxième partie du Château noir prend une tout autre direction, épique, à couper le souffle. On passe d’un jeu de piste à un siège. Les évènements s’enchainent alors furieusement avant d’atteindre un climax haletant. Les situations se retournent plus régulièrement qu’une crêpe dans une poêle. Dommage que les scènes d’actions soient un peu confuses par moment.

Mais pour moi la réussite de ce livre tient d’abord en un personnage : Marron Shed. Propriétaire de la taverne Le Lis de fer, criblé de dettes, le bonhomme n’a décidément rien pour lui : il est servile et méprisé de tous pour sa couardise. Le Château noir nous raconte entre autres l’évolution étonnante de ce personnage. Sous l’influence de Corbeau, Marron Shed s’enfonce dans un abîme insensé. Le personnage nous fait passer par tous les états : on le déteste et on le méprise rapidement, comme tout le monde. Puis on s’émerveille de ses ressources insoupçonnées. On n’en revient pas de la transformation à laquelle on assiste : jusqu’où va-t-il s’abaisser ?  Sa chute est d’autant plus terrible qu’elle est très humaine, et qu’on se dit : n’aurais-je pas fait pareil ? N’en serais-je pas arrivé aux mêmes extrémités ?

Avec ce tome, les aventures de la compagnie noire prennent un tour surprenant et excitant (bien qu’attendu). Mais les tripes du Château noir, ce sont les bas-fonds de Génépi et son personnage emblématique : Marron Shed. L’atmosphère dépeinte est désespérante : l’environnement du tavernier, contrôlé par des bandits, n’offre aucun espoir, aucun avenir. Au vu des évènements, l’évolution de Marron Shed est plausible. C’est ce qui rend son destin si effrayant et si dérangeant.

Le Château noir rompt radicalement avec le tome précédent et fait entrer la série dans la cour des grands. Un livre magistral, maitrisé de bout en bout et dans lequel on ne s’ennuie pas une seule seconde. Posez-vous dans un canapé à l’aube et vous n’en sortirez qu’au crépuscule, le roman achevé.

Nicolas

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Une réflexion sur “[Critique] Les Annales de la Compagnie noire, tome 2 : Le Château noir

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