[Critique] The Dark Knight Rises : la chute de Batman ?

Le voilà ! Après des mois d’attente, le blockbuster le plus attendu de l’année est enfin dans les salles ! The Dark Knight Rises, l’épisode final de cette trilogie Batman version Christopher Nolan ! C’est peu dire que la pression était énorme pour cette adaptation unanimement  encensée et dont le deuxième volet avait frôlé l’excellence !  Batman a-t-il poursuivi son envolée ou a-t-il chuté de son piédestal?

Avant tout, je tiens à rendre hommage à Christopher Nolan, qui avait été clair à propos de The Dark Knight Rises : ce film mettrait un point final à son cycle Batman et n’ouvrirait pas la voie à un énième épisode.  Il a tenu parole malgré la pression énorme qui pesait sur ses épaules. Quand d’autres s’acharnent à produire des films médiocres, à essorer des licences au maximum, il a le courage de renoncer à la poule aux œufs d’or.

La logique des studios hollywoodiens est de produire des films de super-héros avec une pseudo fin ouverte, entrouvrant la porte à une suite en cas de succès financier. Les épisodes s’enchainent sans que le personnage n’évolue, enfermé dans une vue à court terme. Loin de cette logique, Nolan a dès le départ envisagé son projet comme une trilogie. Il l’a axée sur l’évolution de son super- héros et à produit un réel travail de fond en arrière-plan.

Pour comprendre pleinement le sens que Nolan a voulu donner à The Dark Knight Rises, je vous recommande donc fortement de revoir les deux premiers épisodes. Vous serez plus à même de cerner l’évolution de Bruce Wayne et vous constaterez mieux le parallèle avec Batman Begins. Si Ra’s al Ghul n’évoque rien pour vous, un petit rafraichissement de mémoire s’impose!

Il est de retour…

Huit ans se sont écoulés depuis que Batman (Christian Bale) a pris à son compte la mort d’Harvey Dent. Ce sacrifice a permis de préserver l’espoir et  d’offrir à Gotham City quelques années de paix, débarrassée de ses plus dangereux criminels.

The Dark Knight Rises nous présente un Bruce Wayne bien plus tourmenté, vivant reclus dans son manoir. Touché physiquement mais surtout psychologiquement, il ne s’est jamais remis de la mort de Rachel avec qui il pensait faire sa vie (souvenez-vous, Alfred a brûlé la lettre dans laquelle Rachel annonçait son mariage avec Harvey Dent).

Mais la situation s’envenime à nouveau avec l’arrivée de Bane (Tom Hardy). Mercenaire terroriste, il nourrit le projet de faire sombrer Gotham City dans le chaos. Danger d’une moindre mesure, une fourbe cambrioleuse à l’apparence féline (Anne Hathaway) s’infiltre chez Bruce Wayne et lui dérobe des données sensibles.

Bruce Wayne n’a d’autre choix que de quitter sa retraite. Mais, vieilli et affaibli, peut-il redevenir le héros qu’il fut autrefois ?

The Dark Knight Rises est davantage axé sur le combat interne de Bruce Wayne que sur son affrontement avec Bane. Il aborde la thématique du héros brisé, fatigué qui mène une quête intérieure pour découvrir qui il est vraiment. The Dark Knight Rises est une forme de récit initiatique à mettre en parallèle avec Batman Begins. Bruce doit tout réapprendre et affronter ses démons intérieurs avant de pouvoir vaincre Bane.

…Déjà!

Sur le papier, Nolan avait toutes les cartes en main pour clore sa saga magistralement. Tout laissait à penser que ce serait effectivement le cas.

Et pourtant…

Ce Dark Knight Rises passe complètement à côté de son sujet. La faute à un scénario faible, indigne des frères Nolan (Christopher a l’habitude de faire écrire ses scénarios par son frère, Jonathan). Les deux gaillards  possèdent pourtant de sacrées références (Memento, Le Prestige, The Dark Knight,…).

Pour moi, les frères Nolan se sont complètement trompés à l’origine même de leur scénario. Personnellement, je m’attendais à voir un Batman pourchassé par toute la ville (c’est ce que laissait présager la fin de Dark Knight). Pourtant, cet aspect est complètement laissé de côté. Rapidement, Bruce Wayne décide de reprendre les affaires et de mettre une fessée à Bane. Entre la mort d’Harvey Dent et le retour de Batman, il se sera écoulé… 30 minutes à l’écran ? En balayant d’un revers de main tout ce qu’il avait patiemment construit dans The Dark Knight, Nolan sape la base dramatique de son nouveau film ! Comment voulez-vous qu’on sente le poids qui écrase Batman depuis huit ans s’il ne nous est pas montré ? Dire « le pauvre Bruce Wayne souffre » ne suffit pas à nous faire ressentir cette souffrance ! Mettre en scène le retour de Batman sans nous avoir montré sa fuite… ça n’a aucun sens !

Non seulement cette partie est bâclée, mais en plus le come-back de Batman est motivé de manière tout aussi improbable que ridicule. Celui qui décide vraiment Bruce Wayne à revenir c’est… l’inspecteur Blake. Illustre inconnu introduit dix minutes plus tôt, Blake se rend chez Bruce Wayne et, dans un dialogue profond et subtil (ironie inside) lui annonce connaitre son identité secrète. Comment l’a-t-il découverte ? Il a reconnu ses yeux. Il s’y cacherait je ne sais plus quelle haine ou rancœur, la même que dans ses yeux à lui.

Waow, balèze le bonhomme, sans doute un prototype expérimental de cyborg.

Blague à part, cette scène est représentative de la faiblesse du scénario et de ses nombreuses incohérences. C’est presque un aveu d’impuissance du scénariste : il a besoin de motiver le retour de Batman (il y a plusieurs raisons, aucune n’est convaincante à elle seule), mais il n’a pas beaucoup de temps à y consacrer, car il n’en a pas fait le sujet de son film.

D’un coup, un jeune policier parachuté d’on ne sait où explique qu’il a tout compris : le mensonge sur la mort d’Harvey Dent, la véritable identité de Batman,… Si le personnage avait été introduit dans Batman Begins, et avait peu à peu rassemblé des éléments concluants, je n’aurais rien dit  mais là… crédibilité zéro.

Christopher Nolan semble avoir voulu rédiger une encyclopédie regroupant les plus grands stéréotypes des films de super-héros. Des scènes incohérentes et mal amenées s’enchainent pendant 2h40, portées par des personnages sans relief qui s’échangent des répliques insipides… L’ascension de Batman passe par un retour aux sources caricatural, sans enjeu dramatique. Le film est d’une mollesse pendant ses deux premières heures!  Il faut attendre les 45 dernières minutes pour voir le rythme s’emballer, et encore, de manière artificielle: à renfort de retournements de situation peu convaincants et très prévisibles. The Dark Knight Rises accompli donc l’exploit de s’étirer en longueur alors qu’il est contraint d’expédier des pans entiers de l’histoire… par manque de temps ! Seule la résolution (comprenez les cinq dernières minutes) est à la hauteur. C’est la fin logique pour cette trilogie.

Que s’est-il passé ? Mon opinion est que les frères Nolan ont voulu dire beaucoup de choses, trop pour un seul film. Trop de personnages, trop d’enjeux, trop d’intrigues parallèles. Et une conséquence inéluctable : tout est survolé.

Batman reste le personnage principal mais il n’est plus le centre du récit. Les Nolan ont cherché à créer une mosaïque de personnages, chacun étant un héros à sa façon. En fin de compte, le véritable protagoniste de ce Dark Knight Rises c’est… Gotham City elle-même. Nolan a décidé de poursuivre le travail de sape entamé par le Joker en montrant une ville livrée au chaos. En trame de fond, la question posée est « les citoyens de Gotham valent-ils la peine d’être sauvés ? » Pour mieux y répondre, notre chauve-souris préférée est  éloignée des feux de la rampe pendant un (très) long moment. L’intrigue repose alors sur les autres personnages, dont beaucoup sont introduits dans cet épisode. La volonté était de faire de la ville un champ de bataille dans lequel Batman/ Bruce Wayne mènerait son combat final, contre lui-même et contre Bane !

Cette partie est la plus pénible du film. Les quelques scènes consacrées à Batman sont d’un ennui… L’entrainement par lequel il passe a été vu et revu des milliers de fois. L’épreuve qu’il subit n’a aucun enjeu tellement sa conclusion parait évidente.  Pendant ce temps, le plan machiavélique de Bane se met en place sans pour autant que l’action s’emballe. Le film repose alors sur tous les personnages secondaires… qui ne sont pas à la hauteur.

L’Oncle Ben

Les anciennes connaissances (l’inspecteur Gordon, Alfred,…) sont tristement mises sur la touche. Nolan ne voulait pas les avoir dans les pattes, et a donc trouvé des subterfuges grossiers pour s’en débarrasser. Par exemple Alfred.  Une fois que ce bon vieux majordome a joué  sa scène importante, il est purement et simplement écarté du récit… on ne le retrouvera que 1h30 plus tard, juste avant le générique. Bien sûr, le but est de montrer l’isolement de Bruce Wayne. Mais n’y avait-il pas moyen de le faire correctement ?

Les stars, ce sont les nouveaux personnages. Parmi eux, on trouve le grand méchant, Bane (je vous le garde au chaud pour la fin), mais aussi l’inspecteur Blake (Joseph Gordon-Levitt), Miranda Tate (Marion Cotillard) et Catwoman (Anne Hathaway). Ces trois derniers personnages sont amenés à jouer un rôle essentiel dans l’intrigue. Pourtant, ils sont faibles dramatiquement parlant.

Les personnages sont à ce point stéréotypés que vous pouvez prédire le rôle qu’ils joueront par la suite. Prenez Catwoman par exemple. Nolan ne s’est permis aucune fantaisie par rapport ce personnage, elle correspond exactement à l’image de Catwoman : une jolie cambrioleuse, un peu filou mais pas forcément méchante.

Son but, c’est d’exprimer extérieurement le conflit interne de Batman : les citoyens doivent-ils être sauvés ? Elle ne le pense pas, et elle veut convaincre Batman…  à moins que ce ne soit lui qui la convainque de le rejoindre du côté clair. Doutez-vous un seul instant de l’issue de ce dilemme ? Pas une seconde.

Le seul intérêt de ce personnage est à considérer du point de vue des scénaristes : sa position intermédiaire entre les méchants et les bons permet de tirer Nolan d’un mauvais pas. Batman n’a plus besoin d’enquêter. S’il cherche Bane, il suffit de demander son adresse à Catwoman…

Miranda Tate fait partie du conseil d’administration de Wayne Enterprises. Je n’ai pas chronométré le temps qu’elle passait à l’écran, mais ça ne doit pas être énorme. C’est un personnage inutile, qui n’apporte rien au film. Pourquoi est-il là alors ? Encore une fois, pour sauver des scénaristes peu inspirés et alimenter les coups de théâtre…

Et enfin, Bane. Ze super-vilain, bien connu dans les comics pour être le seul à avoir brisé Batman (dans le sens propre comme dans le sens figuré), celui qui oblige notre super-héros à se remettre en question. Qui de mieux pour clore cette saga? Esthétiquement, c’est la classe. Une belle brute dont le masque ne manquerait pas d’impressionner Dark Vador.

Voilà, c’est tout le positif qu’on pouvait dire de lui… Le bonhomme souffre bien évidemment de la comparaison avec le Joker. Son but est le même, mais ses motifs sont différents, bien plus terre-à-terre. Il manque à Bane ce petit plus qui pourrait le faire entrer parmi les plus grands vilains. Dans une séquence d’ouverture spectaculaire à défaut d’être intéressante, Bane fait son entrée de manière brouillonne. Je n’ai toujours pas compris pourquoi il s’était compliqué la vie avec cette histoire d’avion. Personnellement, je trouve que cette scène ne le met pas en valeur et ne nous apprend rien d’utile à son sujet. Si impressionnant pendant deux heures, Bane est brusquement déforcé dans les derniers instants du film, au profit d’un twist peu glorieux. Même lui ne méritait pas ça…

Ceci dit, je dois avouer que Bane souffre d’une circonstance aggravante qui n’est pas de son fait : le doublage. Après cinq minutes, le temps qu’il lui faut pour lâcher ses premières répliques, j’avais déjà une vue négative sur le personnage, et par ricochet, sur le film. C’est comme si un ado essayait d’imiter Dark Vador avec un micro à 15€. Sa voix est tout simplement horrible, elle décrédibilise totalement un personnage pourtant si réussi esthétiquement! On en vient à espérer qu’il se taise, d’autant plus que ses répliques sont pathétiques. Et comme si ça ne suffisait pas, les doubleurs se sont dit que « Ben » sonnait plus branché que Bane…

Ce doublage est tout simplement honteux, il a complètement gâché le film à mes yeux (enfin, à mes oreilles).  On est en 2012, il serait quand même temps de professionnaliser ce secteur en France… Allez le voir en v.o., le film en sera bien meilleur.

La voix de Bane est horripilante, mais le contenu de ses paroles ne l’est pas moins. Globalement, les dialogues sont catastrophiques, par moments dignes d’un Nanar. Ils sont tellement stéréotypés qu’ils en deviennent une caricature. C’est le genre de texte que vous écririez en 10 minutes, si on vous demandait de dialoguer des scènes de super-héros! Franchement, c’est le niveau d’un brouillon d’étudiant en cinéma. La palme pour ce dialogue dans lequel Bane affirme à son employeur qu’il est le mal et que oulalala il est très méchant. Je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer…

 

Sortie par la petite porte

The Dark Knight Rises clôt cette trilogie de manière décevante. J’étais peut-être un peu optimiste en espérant  qu’il fasse aussi bien que son prédécesseur, mais je ne m’attendais pas à une pareille désillusion. Là où The Dark Knight avait su innover et se démarquer des autres adaptations de comics, cet opus final s’engouffre droit dans les clichés du genre. J’ai vu des épisodes de la série animée Batman ayant plus de profondeur que ce film…

Peut-être suis-je trop sévère, le film n’est pas mauvais en soi. Je ne me suis pas ennuyé, mais j’étais à deux doigts tout même, avant que le film n’entre dans sa phase finale. Je ne me suis pas non plus éclaté, j’ai passé mon temps à prédire ce qui se passerait dans les quinze prochaines minutes (mes dons de voyances ne sont pourtant pas particulièrement développés…). Même visuellement, le film n’est pas si impressionnant que ça.

Je ne vous déconseille pas de The Dark Knight Rises, mais n’en attendez pas grand-chose. Et surtout… voyez-le en v.o.!

2012, scénario de Christopher et Jonathan Nolan, réalisation de Christopher Nolan. Avec Christian Bale, Tom Hardy, Anne Hathaway, Michael Caine, Marion Cotillard, Morgan Freeman. Durée: 165′

Nicolas

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3 réflexions sur “[Critique] The Dark Knight Rises : la chute de Batman ?

  1. Pingback: Le twist final : la bonne idée devenue effet de mode « Scientas'Hic

  2. Je viens de voir ton commentaire (merci 🙂 ). Et effectivement, on a vu les choses de la même façon. Je ne comprends vraiment pas ce qui s’est passé entre The Dark Knight et The Dark Knight Rises. Comme toi, je m’attendais à une suite logique où Batman allait se faire poursuivre par la police. Je pensais que Bane allait être un événement supplémentaire dans une situation déjà bien compliquée. Et c’est terriblement frustrant de se retrouver face à un « huit ans plus tard » dès le début.

    Je n’ai pas du tout fait attention au doublage, et mes souvenirs sont plutôt vagues. Je ne me souviens pas avoir été particulièrement dérangée. En revanche, les dialogues étaient effectivement parfois navrants (raison supplémentaire pour se demander comment on en est arrivé des deux premiers films à celui-ci). Je crois que tu as pointé du doigt le « truc » : à vouloir trop en faire, ils n’ont rien fait de concluant par rapport aux deux premiers.

  3. Merci du commentaire!

    Oui, le doublage n’est pas le plus important (même si Bane, vraiment, je ne peux pas -_-‘), mais bon j’étais tellement navré de ce que je voyais que, forcément, les « couacs » qui auraient pu passer si le film avait été génial, ont beaucoup plus attiré mon attention.

    Je serais curieux de savoir si ce Dark Knight Rises est le film que Nolan voulait faire au départ. Un ami m’a dit qu’il avait lu/vu (je ne sais pas où, à vérifier) que le Joker devait en principe revenir dans The Dark Knight Rises et que Bane devait être un méchant complémentaire. Forcément la mort d’Heath Ledger aurait changé les plans de Nolan…

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