[Critique] The Expendables 2 : Quand l’Improbable devient Fantastique

Certains films n’ont, à priori,  aucun rapport avec le genre fantastique. Et pourtant, ils ouvrent un passage vers un monde magique appartenant à une autre dimension. Un monde dans lequel nos lois logiques et physiques n’ont plus cours. Un monde dans lequel un homme seul peut, au détour d’un scénario improbable, mettre en déroute une armée. Un monde dans lequel l’incohérence et l’exagération sont acceptées comme la norme.  Ce monde merveilleux est celui des Expendables.

Fais pas chier, ou je te ferai une guerre comme t’en as jamais vu

Les Expendables sont de retour ! Cette unité spéciale, dont le « cerveau » est Barney Ross (Sylvester Stallone), se charge des missions les plus musclées et dangereuses, celles pour lesquelles on ne risquerait pas la vie d’honnêtes soldats américains.

Envoyés à nouveau au front par le mystérieux Mr. Church (« Chapelle » en VF, incarné par Bruce Willis), les Expendables sont confrontés à un drame : l’une de leur nouvelle recrue est assassinée par le terrible mercenaire et terroriste… Jean Vilain (Jean-Claude Van Damme). Tout ça pour quelques malheureuses tonnes de plutonium…

Bien plus que pour sauver l’équilibre mondial, c’est pour assouvir leur vengeance que les Expendables se lancent aux trousses du vilain…

La soupe aux muscles

The Expendables 2 reprend le même principe que son prédécesseur : réunir les légendes du cinéma d’action en une sorte de ligue des justiciers (les états d’âme en moins) et les opposer à des obstacles plus extravagants les uns que les autres. Peu importe que le scénario n’ait aucun sens, tant que nos gaillards peuvent se taper dessus et se taquiner en se balançant à la gueule des références à leurs chefs-d’œuvre respectifs.

Le casting s’est encore étoffé dans ce deuxième épisode: si tous les castars du premier opus sont de retour (Sylvester Stallone, Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Terry Crews, Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger), de nouvelles têtes complètent le tableau de chasse. Et pas des moindres, puisqu’il s’agit du plus âgé (Chuck Norris) et du plus philosophe (Jean-Claude Van Damme). Seule faute de goût, la présence de Liam Hensworth, dont l’apparence chétive évoque celle d’un cure-dent planté au milieu de barres à mine. Pour une évidente raison commerciale, on a voulu intégrer le petit jeune à la mode, en espérant qu’il rameute les adolescentes peu intéressées par les hommes matures.

The Expendables 2 s’ouvre sur une scène d’action à l’ancienne. Ça pète dans tous les sens, ça hurle, ça meurt. Une base militaire est ravagée en quelques minutes, sans que la bande à Barney Ross n’ait été inquiétée. Nous voilà rassurés : nos bourrins préférés n’ont rien perdu de leur verve.

Après cette introduction plutôt plaisante, l’intrigue peut réellement commencer. Bon, parler d’intrigue pour Expendables 2, cela revient au même que de parler du talent d’acteur de The Rock : un non-sens. Retenez simplement le célèbre « meurtre-mort-détruire ». Peu importe les raisons ou le lieu, l’objectif est de massacrer des péons entre vedettes, tout en se lâchant des répliques dignes de la belle époque. Vous êtes venus pour ça, et c’est bien ce qu’on vous servira.

On restera admiratif devant l’apparition de Van Damme, impeccable dans son rôle d’antagoniste. Sa première rencontre avec les Expendables laisse augurer du meilleur, et on pense avec jubilation «  ça va castagner sévère d’ici peu ! »

Mais les minutes passent, et l’action peine à décoller. Bien que la projection soit agréable, un sentiment d’inquiétude apparait dans la demi-heure suivante : Schwarzy et Willis ne se sont illustrés que par un passage éclair, Chuck n’a toujours pas pointé le bout de son colt, Van Damme n’a guère eu d’autres occasions d’étaler sa méchanceté.

On craint alors une nouvelle déception: malgré sa scène mythique réunissant Schwarzy et Sly,  le premier Expendables se prenait trop au sérieux, et ne parvenait pas à offrir le fun tant espéré.

Et au deuxième film, Chuck créa les Expendables…

Le film s’essouffle. Tant pour les spectateurs que les Expendables, la situation semble désespérée.

C’est ce moment précis que The Expendables 2 choisit pour abattre sa carte maitresse. Parfois, un homme peut changer l’issue d’une bataille. Plus dévastateur qu’une arme nucléaire, Chuck Norris en personne descend dans l’arène.

Dans LA scène du film, une scène d’ores et déjà culte, Chuck fait une entrée démesurée (et pourtant à sa hauteur !) dans le monde des Expendables  et propulse ceux-ci dans une galaxie lointaine, très lointaine. Sur fond de musique de western, il entre, tel un dieu, pour pacifier le monde et renvoie Stallone et sa bande au rang de petits caïds.

L’exagération est à son paroxysme, la jouissance totale.  Sa présence, quoique brève, justifie à elle seule l’argent déboursé pour voir le film au cinéma. Et quand vient le moment magique tant attendu, celui du Chuck Norris Fact, c’est l’orgasme collectif pour tous les spectateurs.

Clairement, Chuck Norris magnifie le film à lui seul.

Enfin, The Expendables devient ce qu’il aurait dû être dès le départ : un film qui ne se prend pas au sérieux, une sorte de Last Action Hero dans lequel il n’est plus nécessaire de déchirer le ticket magique. La suite n’est que pur délire pour eux, pur bonheur pour nous. Jamais je ne m’étais autant amusé dans un film d’action.

A partir de cette scène et jusqu’à la scène finale, The Expendables 2 érige l’incohérence au rang de logique. L’Improbable est poussé à un point tel qu’il en devient Fantastique. Les séquences s’enchainent de manière insensée, sans autre but que mettre en valeur les acteurs, et offrir au spectateur les scènes dont il a toujours rêvé.

La gravité terrestre ? Elle n’existe plus : un coup de pied suffit à envoyer un ennemi contre un mur et à le faire rebondir comme une balle magique. Schwarzy arrache les portières avec autant de facilité qu’il ne décapite ses ennemis par balle. Il y a quelque chose de poétique dans cette chorégraphie de membres coupés et de corps, volant au gré des coups de butoirs des Expendables.

Un monde parfait?

Néanmoins, cette jouissance ne peut pas occulter les défauts du film. Il y a toutes ces scènes d’action, trop sérieuses, se voulant du  même niveau que celles d’autrefois. C’est un peu too much, comme lorsque les Expendables entrent dans une grotte en avion… C’est ce que je reprochais au premier Expendables et que l’on retrouve, par moments, dans cette suite.

Et puis il y a toutes ces auto références. Elles sont légion, vous reconnaitrez entre autres Terminator, Total Recall, Rambo,…  Nous sommes là pour ça, nous adorons que Stallone et Schwarzy se taquinent, mais on sent bien trop souvent que les répliques sont forcées. Placées avec une subtilité digne de Conan, elles ne font pas toujours mouche.  Je raffole des  « I’m back », mais ses innombrables variantes sont un peu pénibles. Entendre Willis et Schwarzy se chamailler à coup de « je reviendrai », « non, je reviendrai, toi tu es déjà assez revenu »,… c’est un peu surfait quand même.

Par contre, je ne peux que déplorer la sous-utilisation du duo Willis/Schwarzenegger et de notre Jean-Claude Van Damme national. Le rôle de Vilain lui sied à merveille, dommage qu’il ne soit pas plus présent. Pourquoi n’utilise-t-il pas son si célèbre grand écart ? J’aurais adoré le voir massacrer des soldats alliés des Expendables, à coup d’uppercuts ponctués de « Ah ! ». Mais non, il n’en sera rien.

Malgré ces petits défauts, The Expendables 2 procure un sentiment de satisfaction rare : celui d’avoir obtenu exactement ce pour quoi on était venu. Nous voulions voir les anciens dieux de l’action s’éclater au rythme de dialogues bien lourds et de scènes improbables ? Nous l’avons vu, entendu et vécu. The Expendables 2 est LE film que des générations ont attendu, le film dont nous avons rêvé, nous, gamins des années 80.

Cet Expendables 2 est un film culte pour tous les amateurs du genre. C’est le baroud d’honneur d’une génération d’acteurs au crépuscule de leur carrière. Mais surtout, c’est un pèlerinage. Oui, un pèlerinage envers un dieu : Chuck Norris. Le septuagénaire ne se contente plus de porter notre univers, il soutient désormais la franchise Expendables du bout de ses bras musclés.

2012, Réalisé par Simon West, scénarisé par Richard Wenk et Sylvester Stallone. Avec Sylvester Stallone, Jason Statham, Jet Li, Dolph Lundgren, Chuck Norris, Jean-Claude Van Damme ( !), Bruce Willis, Arnold Schwarzenegger, Terry Crews, Liam Hemsworth. Durée: 102’

Nicolas

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Une réflexion sur “[Critique] The Expendables 2 : Quand l’Improbable devient Fantastique

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