[Critique] Creep: une visite horrifique du métro londonien

Depuis le début des années 2000, le cinéma d’horreur britannique connait une nouvelle période faste. Cette vague est menée par des cinéastes comme Danny Boyle (28 Jours plus tard), Neil Marshall (The Descent) ou encore Edgar Wright (Shaun of the Dead). Moins médiatisé, Christopher Smith propose pourtant avec son premier long-métrage une balade horrifique qui n’a rien à envier à celles de ses collègues.

L’histoire de Creep est simple : Après une soirée branchée, Kate (Franka Potente), jeune mannequin allemand établie à Londres, se voit obligée de prendre le dernier métro. L’alcool aidant, la demoiselle pique un roupillon…

L’altruisme étant ce qu’il est aujourd’hui, Kate se réveille dans la station désertée… et fermée à clé. Déambuler une nuit entière dans le réseau souterrain de Londres n’est jamais une perspective réjouissante. Mais quand ce même souterrain sert de terrain de chasse à une créature des profondeurs, la situation devient carrément pénible.

Pour Kate et ses quelques alliés de circonstance, la nuit sera longue, très longue…

Creep est un film qui ne (se) pose pas de questions et qui se caractérise par sa volonté d’aller directement à l’essentiel.  Après une brève présentation de la protagoniste, l’étrange fait rapidement son apparition, dans un lieu hautement propice à réveiller nos peurs cachées. Ne me dites pas que vous n’avez jamais flippé en attendant votre métro, seul sur le quai, en fin de soirée ! L’idée de ce long-métrage est d’ailleurs venue à Christopher Smith lorsqu’il est lui-même resté coincé dans une rame de métro, au milieu d’un tunnel.

A aucun moment, Smith ne cherchera à étoffer son background : on ne sait rien des personnages, si ce n’est qu’ils doivent survivre. On ne s’arrêtera pas (bien longtemps) sur l’origine de la créature ni sur ses objectifs. Creep est là pour faire renaitre en vous cette peur du noir, ce sentiment de malaise face aux espaces fermés.

Cette simplicité aurait pu être une faiblesse. Elle est en réalité la force de ce récit. Creep vous emmène pour un voyage d’une effrayante saveur, en deux parties. La première est axée sur le mystère et la découverte de « ce qui rôde dans le métro ».  La seconde partie est davantage tournée vers la fuite puis l’affrontement. La créature est entièrement dévoilée et celle-ci vole même la vedette à Kate, pour quelques scènes.

Ce changement d’approche au milieu de film contribue à un sentiment de variété, à une impression d’assister à des scènes très différentes les unes des autres malgré que l’on reste, en fin de compte, dans un film d’horreur classique. Les évènements s’enchainent de manière fluide, sans jamais baisser de rythme, dans des décors labyrinthiques. Christopher Smith a atteint un rare équilibre et a su quand s’arrêter, de sorte qu’on ne s’ennuie pas une seconde au cours de cette plongée de 85 minutes dans les souterrains londoniens.

On ne s’ennuie pas, certes, mais a-t-on peur? L’atmosphère est glauque, les actions parfois très violentes, mais le film ne provoque pas de panique incontrôlable. L’objectif avoué de Smith  était de faire ressortir notre claustrophobie. Pour ma part, je pense que Creep n’y parvient pas réellement. Je dirais que l’ambiance est davantage intrigante qu’effrayante, malgré quelques montées de stress.

Cette ambiance doit beaucoup au décor. Dans leur course, les personnages traversent de vastes tunnels éclairées à la lumière blafarde des néons puis se perdent dans les zones sombres du métro, des pièces exiguës et étouffantes. N’allez pas croire que les espaces dégagés sont plus sûrs: vous commettriez une grave erreur! C’est paradoxalement ce qui joue contre le sentiment de claustrophobie voulu par l’auteur : le métro s’étend tellement qu’il ne donne pas une impression d’enfermement!

La musique sert parfaitement cette ambiance. Rien de révolutionnaire à l’horizon, mais elle appuie les moments dramatiques et contribue à faire monter la pression. De manière générale, la partie sonore est une réussite (le hors-champ notamment est maitrisé, avec ces cris et ces bruits dont on essaie de deviner la localisation). La créature est immédiatement reconnaissable par ses cris stridents, à mi-chemin entre l’homme et l’animal.

Enfin, c’est par sa réalisation et sa mise en scène que Christopher Smith parvient à surprendre le spectateur. Il a notamment pris le parti de nous rapprocher de l’action en tournant essentiellement en caméra à l’épaule. Le réalisateur britannique ne tombe pas dans l’excès  « caméra tremblote » et l’action reste lisible, même quand elle s’emballe. Ce procédé n’est certes plus novateur aujourd’hui mais il est combiné efficacement avec des plans subjectifs, qui nous font partager la vision paniquée de Kate.

Les sursauts sont surtout provoqués par des entrées de champs impromptues, amicales ou pas, et… d’une cohérence parfois douteuse. En effet, on sent un peu trop les moments où le réalisateur a décidé que le spectateur devait bondir de son siège… quitte à user de subterfuges grossiers. Par exemple, un cri hors-champs vous avertit qu’un « personnage » a trouvé une mort peu enviable. Pourtant, vous vous rendez compte plus tard que ce « personnage » est toujours vivant, comme par magie. On ne saura jamais d’où venait le cri…

On touche ici au problème du film : Smith inclut régulièrement des légères incohérences ou cède à des facilités pour surprendre le spectateur et faire progresser son récit. Par exemple, la présence d’un personnage comme Craig est difficilement justifiable à mes yeux. Kate bénéficie également de coups de pouce bienvenus, du style: « je suis dans une situation périlleuse, mais je tombe miraculeusement à côté d’un « arme », alors qu’il n’y a rien d’autre aux alentours ».

Kate elle-même agit régulièrement de manière illogique. Elle a l’horripilante manie de s’enfuir en courant quand elle est en position de force et peut se débarrasser de la bête. La peur et le stress peuvent expliquer des comportements idiots, mais là, on se demande si Kate n’est pas un peu masochiste et si elle n’aime pas prolonger la terreur un peu plus longtemps! Dommage, parce que la caractérisation générale de Kate est une réussite. C’est une femme active, éloignée des personnages féminins classiques et passifs. Ici, ce sont plutôt les hommes qui sont empâtés et faiblards. Mais rien à faire, Kate est obligée de pousser des hurlements et refuse d’achever la bête. Peut-être est-elle touchée par cette « espèce » rare en voie d’extinction…

La créature est par contre une belle réussite tant par son esthétique que par son caractère (et ses cris, mentionnées plus hauts). Elle est à la fois effrayante et touchante, par certains côtés. Dans certaines scènes de la deuxième partie, elle tient le rôle principal à l’écran, et il nous est loisible de l’observer, de comprendre un peu mieux ce qu’elle est. C’est, à n’en pas douter, l’attraction de ce film.

Creep est pour moi un bon petit film d’horreur, qualitativement situé au-dessus de la moyenne. Pas forcément effrayant mis à part quelques sursauts un peu forcés, mais son ambiance possède un charme indéniable et doit beaucoup à sa « créature », dont la présence éclipse presque celle de Kate, dans la deuxième partie du film.

2004, scénario et réalisation de Christopher Smith. Avec Franka Potente, Ken Campbell, Vas Blackwood, Jeremy Sheffield, Sean Harris. Durée: 85

Nicolas

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