[Critique] Evil Dead 2013

Mia a déjà connu pas mal de galères dans sa vie, et elle est décidée à en finir une bonne fois pour toutes avec ses addictions. Pour réussir à se sevrer de tout, elle demande à son frère David, sa petite amie Natalie et deux amis d’enfance, Olivia et Eric, de l’accompagner dans la cabane familiale perdue au fond des bois. Dans la cabane isolée, les jeunes gens découvrent un étrange autel, et surtout un livre très ancien, dont Eric commet l’erreur de lire un passage à haute voix. Les plus épouvantables des forces vont se déchaîner sur eux…

Evil Dead, réalisé par Federico Alvarez

Ne jamais avoir vu la trilogie Evil Dead  quand on est fan de fantastique ? C’est vivre dans la terreur d’être découvert et lynché par ses pairs. Mais l’avantage n’est pas négligeable non plus: pouvoir savourer ce remake  sans à priori. Et ça, c’est le pied !

Evil Dead posterLes quinze premières minutes ne sont pourtant pas très engageantes. Ce n’est pas tant le prologue – certes inutile mais plaisant- qui pose problème, mais plutôt la présentation des personnages. Evil Dead  accumule dans son entrée en matière toutes les mauvaises astuces des films de série B. Par exemple cette scène de confrontation entre David et Mia, apitoyante (et pitoyable) au possible : par l’intermédiaire de dialogues qui paraissent aussi naturels que des seins siliconés, le spectateur apprend que Mia- la- droguée en veut à David, ce frère indigne qui a abandonné leur mère mourante. Photos de famille à l’appui. Snif, on en pleurerait presque… C’est aussi l’occasion de nous balancer, avec un manque de finesse rare, les éléments narratifs qui seront (sous-)exploités plus tard, comme la mélodie d’enfance ou le pendentif.  Un (mauvais) cas d’école.

Fede Alvarez tente maladroitement de bâtir un contexte réaliste pour sa situation de départ, mais franchement, qui peut y croire ? Il n’en fait pas assez pour que ce soit crédible, le peu qu’il donne passe donc pour de l’amateurisme. Cela aurait été presque mieux sans explication du tout : cinq jeunes perdus dans une cabane abandonnée et c’est parti.

Le cinéaste uruguayen est pressé d’en découdre avec le démon, cela se sent. Et heureusement, les cinq apprentis médecins ne tardent pas à découvrir le livre interdit et à prononcer l’incantation fatidique. Et là, Evil Dead  acquiert une toute autre dimension, qui fera oublier tous ses défauts passés et à venir.

A partir de ce moment, le film nous entraine dans un crescendo de terreur qui ne cessera jamais avant le dénouement. Un peu plus d’une heure à se blottir dans son fauteuil, à se cacher les yeux toutes les cinq minutes. Car point de vue mise en scène et réalisation, Fede Alvarez envoie du lourd. Il sait comment faire peur, comment attirer l’attention du spectateur à l’arrière-plan de l’image, avant de faire surgir un monstre à l’avant-plan ! L’inventivité du démon en ce qui concerne le sadisme est belle à voir et cette variété de situations participe grandement à l’intérêt du film. Evil Dead  propose quelques moments gores sur lesquels on cauchemardera longtemps. L’impuissance des personnages est pleinement ressentie, on ne peut que s’identifier douloureusement à eux (grande distinction à Eric, meilleur souffre-douleur de la cuvée). On finit par oublier que les personnages ne sont pas bien épais (même pour un film d’horreur) et que le jeu d’acteur est passable, hormis quelques coups d’éclats de Jane Levy (Mia).  Autre bémol : Fede Alvarez semble gérer la possession de ses personnages comme bon lui semble sans que des règles soient clairement définies, ce qui mène notamment à un final un peu décevant et qui laisse perplexe.

Mais on ne pense à ça qu’après coup, car Evil Dead  ne tolère pas que nous nous reposions. Mia (Evil Dead)Ce qui impressionne le plus chez Alvarez, c’est sa maitrise du rythme, tant dans la mise en scène que dans la réalisation. Les moments d’horreur s’enchainent et s’accélèrent, jusqu’à  un faux moment d’apaisement, durant lesquels les survivants tentent, tant bien que mal, de comprendre ce qui leur arrive. Puis l’enfer se déchaine à nouveau, plus violent encore. Dans les moments de stress, les plans, plus courts, laissent à peine le temps de respirer. La caméra semble être vivante, être elle-même possédée. La manière de filmer reflète parfaitement l’horreur de l’histoire.

Cette réussite doit naturellement beaucoup aux effets spéciaux, effrayants de réalisme.  Les maquillages, les lacérations et autres amputations, tout semble si réel !  On ne peut en dire autant de la partie sonore qui tombe dans le kitsch et la série B. Certains effets posent questions quant au bon goût de Fede Alvarez en la matière (mais nom de Dieu, qui a eu l’idée saugrenue de cette sirène de pompier lors des sommets dramatiques? ).

Evil Dead  débute mal, très mal, comme un film de série B dont il ne sera d’ailleurs jamais loin par certains aspects : personnages faiblards, effets sonores standards, retournements de situation pas toujours convaincants. Mais il excelle en une chose : l’Horreur. Qu’est-ce qu’il fout la trouille ! Qu’est-ce qu’il dégoûte ! Et quelle maitrise dans la réalisation et dans le rythme ! Une fois l’enfer lâché, le film ne s’arrête plus et signe un sans-faute, si l’on excepte la séquence finale, un peu décevante. Est-il au même niveau que ses illustres prédécesseurs ? Peu importe, cet Evil Dead  est tout simplement l’un des films d’horreur les plus terrifiants de ces dernières années. C’est bien la seule chose qui compte.

2013, réalisation par Federico Alvarez, scénarisation de Sam Raimi, Diablo Cody, Federico Alvarez, Rodo Sayagues Mendez. Avec Jessica Lucas, Lou Taylo Pucci, Shiloh Fernandez, Jane Levy, Elizabeth Blackmore. Durée: 1h30

Lire la critique sur cinemafantastique.net

Nicolas

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