[Critique] MirrorMask: un film qui s’admire plus qu’il ne se raconte

Helena, une adolescente de 15 ans, travaille dans le cirque familial. Mais elle n’a qu’une envie : s’échapper pour connaitre une existence… normale. Un soir de spectacle, elle se dispute avec sa mère. Celle-ci tombe malade au cours de la représentation et son état de santé nécessite une opération. Helena s’en veut terriblement, elle qui est incapable de s’excuser pour ses mots durs.

La nuit de l’opération, Helena se réveille et est attirée dans un monde fantastique, peuplé d’êtres surnaturels et d’hommes portant tous un masque. Parmi eux, Valentin, artiste un peu loufoque. Rapidement, Helena  se voit confier une mission : trouver le MirrorMask, puissant artefact qui lui permettra de rentrer chez elle tout  en sauvant ce monde, dévoré peu à peu par une ombre rampante.

MirrorMask, réalisé par Dave McKean

Un film ne se juge pas au pedigree de ses auteurs, mais force est de constater qu’une bonne parenté attire les regards. L’annonce d’un long-métrage né de la rencontre entre Neil Gaiman et Dave McKean peut sonner comme l’arrivée d’un messie !! Le premier est un célèbre écrivain et un auteur de comics dont certaines œuvres ont déjà été adaptées au cinéma (Stardust et Coline). Le second est un artiste polyvalent ayant quelques comics à son actif. Et si MirrorMask possède un air de famille avec The Dark Crystal ou Labyrinth, c’est tout à fait normal puisque la production à l’origine du projet n’est autre que la Jim Henson Company !

MirrorMask est l’histoire d’Helena, une fille que l’on pourrait qualifier de chieuse. Elle est l’âge de la rébellion, durant laquelle les paroles dépassent souvent les pensées. Et comme elle n’est pas à un paradoxe près, elle aspire à une vie normale quand elle s’imagine des histoires fantastiques, dans des décors qu’elle a dessinés elle-même. Et du fantastique, elle va en voir ! Une nuit, l’adolescente est transportée dans un monde imaginaire dont on comprend la particularité dès la première scène. Jugez plutôt : Helena, coincée dans une pièce sombre plongée dans une sorte de brume, est menacée par un « sphinx », un petit chat ailé dont le visage cartonné à une apparence humaine. Pour s’en sortir, elle détourne son attention en lui donnant à manger un livre. Avant d’elle-même prendre la fuite, en lévitant sur un bouquin… préalablement insulté (oui, la moquette se fume sans modération chez certains scénaristes) !

Un des sphinx qu'Helena doit affronter

Un des sphinx qu’Helena doit affronter

Toute la spécificité visuelle et narrative de MirrorMask se trouve dans cette scène. L’esthétique du film est unique, tant par son contenu que par son traitement. Tous les décors de ce monde imaginaire ont été enveloppés avec un flou brumeux, qui  leur donne une apparence d’inconsistance. Les images sont éclairées d’une lueur jaunâtre, teintée de gris-sépia. Le monde est fait d’un mélange de différentes techniques d’animation. MirrorMask, c’est à la fois de l’animation « classique » et des images de synthèse, qui paraissent tenir par collage manuel, comme les dessins d’Helena.  Certes, le faible budget du film se ressent, mais David MacKean parvient habilement à faire passer (certaines de) ces faiblesses pour des choix artistiques. Les personnages eux-mêmes sont assez curieux. Dans ce monde, la pudeur exige de porter un masque, car il est honteux de montrer ses sentiments ! Et le bestiaire n’est pas en reste ! Apprêtez-vous à rencontrer des créatures étranges, comme des singes-pingouins ! Ajoutez-y une musique un peu jazzy, virant parfois à l’expérimental pour relever un peu plus les images, et vous obtenez une indéniable réussite graphique, qui renvoie à nos rêves.

La narration évoque également l’onirisme. Ne cherchez pas à comprendre de manière logique comment la quête d’Helena avance. Comme dans un rêve, des objets apparaissent sans explication et des liens saugrenus paraissent soudainement être la vérité.  Si le récit est enchanteur et dépaysant au début, il perd peu à peu de son attrait, et il faut bien dire que le film repose essentiellement sur son visuel créatif. L’intrigue, lorgnant un peu vers le gnangnan, est en-deçà de ce qu’on pouvait espérer d’un Neil Gaiman. Ce récit de maturation un peu mou se répercute inévitablement sur le rythme du film, qui manque lui aussi de grandes envolées, et qui aurait gagné à être plus étoffé.

Enfin, MirrorMask possède un atout charme en la personne de Stephanie Leonidas, une actrice qui peine à percer sur grand écran, mais qui apporte une douceur indéniable au film.

Prévu initialement pour une sortie en direct-to-DVD,  MirrorMask a finalement connu les honneurs d’une courte sortie dans les salles américaines, suite à son bon accueil en festival. Cette petite épopée en dit déjà beaucoup sur la qualité de l’œuvre ! Cependant, MirrorMask est davantage une œuvre d’art visuelle qu’un film.  Et c’est probablement ce qu’on retiendra le plus de cette belle balade dans un décor hors du commun.

MirrorMask. 2005. Réalisateur : Dave McKean. Scénaristes: Neil Gaiman et Dave McKean. Avec : Stephanie Leonidas, Jason Barry, Rob Brydon, Gina McKee. Musique : Iain Ballamy. Durée : 1h41

Nicolas

Les terribles singes-pingouins!

Les terribles singes-pingouins!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s