[Critique] Le Congrès: une conférence bien animée !

Robin Wright, actrice âgée d’environ 45 ans, se voit proposer par la Major Miramount d’être scannée. Son équivalent numérique –éternellement jeune- pourra ainsi être librement exploité dans tous les films que la compagnie décidera de tourner, y compris les blockbusters que Robin avait jusque-là refusés.  20 ans plus tard, elle est invitée d’honneur du Congrès Miramount-Nagasaki, dans un monde où seuls les êtres animés sont autorisés à pénétrer…

 

Le Congrès, réalisé par Ari Folman (2013)

Il y a 5 ans, Ari Folman remportait un important succès critique avec Valse avec Bachir, présenté comme le premier long-métrage de « documentaire d’animation ».  Avec Le Congrès¸  adaptation libre d’un roman de l’écrivain Stanislas Lem (Le Congrès de futurologie, 1971), le cinéaste israélien poursuit dans cette voie et offre à ce genre une nouvelle vitrine.

La Robin Wright du film se base partiellement sur la carrière de la véritable actrice Robin Wright (qui joue donc son propre rôle). Dans Le Congrès, elle a gâché sa carrière pour s’occuper de son fils, Aaron, atteint d’une maladie incurable. Une dernière chance lui est offerte d’atteindre la gloire et de posséder un alter ego éternellement jeune, pour peu qu’elle abandonne tous ses droits et ses désirs d’actrice.

Il ne faut pas pousser plus loin pour se rendre compte que Le Congrès est avant tout une réflexion sur le cinéma. Le film prend pour point de départ les avancées technologiques qui bouleversent le métier des comédiens. Ceux-ci doivent aujourd’hui composer de plus en plus avec des décors entièrement numériques et sont même, à l’instar des acteurs d’Avatar (James Cameron, 2009), complètement numérisés. Le Congrès propose une réflexion assez pointue, dans le sens où il fait des références assez spécifiques aux métiers du cinéma en eux-mêmes. Pas sûr que ceux qui n’ont pas un pied dans le milieu puissent tout comprendre, du moins en ce qui concerne la première heure. Par la suite, le film nous  projette bien plus loin, dans un avenir où chacun de nous pourrait devenir qui il veut (ou ce qu’il veut) par un moyen que vous découvrirez en cours de route. C’est alors la question du soi et de l’identité qui est posée.

Le Congrès Robin Wright

Le Congrès est donc un film hautement réflexif. Le récit avance avec cette réflexion, plutôt qu’avec une narration classique de fiction (même si Folman tente de bâtir une quête autour d’Aaron). Le film est extrêmement bavard : la première partie, réalisée en images live, est constituée de longs dialogues et monologues qui s’apparentent à des interviews documentaires dans certains cas (les dialogues du producteur Jeff Green notamment). Malgré la qualité du contenu et l’interprétation irréprochable des comédiens, Le Congrès souffre de quelques longueurs. La curiosité du spectateur est néanmoins relancée par le changement radical de style visuel au moment d’aborder la deuxième partie du film. Finie la sobriété de mise en scène et de réalisation, on passe d’un coup dans un dessin animé déjanté aux couleurs flash ! Le spectateur pénètre alors une ville dans laquelle il est possible de croiser des personnages comme Michael Jackson ou David Bowie ! Un jeu dans le film consiste d’ailleurs à repérer les innombrables personnalités et personnages historiques présents. Le récit reste néanmoins très littéraire, à tel point qu’on pourrait même se passer d’images, même si ce serait évidemment dommage, au vu de leur qualité.  Ceci dit, le passage cinéma live- animation est bien plus qu’un gadget ou qu’un caprice, il sert le propos et la réflexion d’Ari Folman.  Le Congrès aurait probablement pu exister en deux films distincts, mais il n’aurait pas eu le même impact.

Le Congrès ne repose pas sur l’identification aux personnages, très difficile, et ne suscite pas des émotions fortes. Non, ce film ne fonctionne pas sur ce principe. On s’y intéresse comme à une conférence ou à un essai sur un sujet qui nous passionne.  Il fait partie de ces films, tellement riches,  qu’on veut revoir une deuxième, voire une troisième fois, pour en comprendre tous les niveaux d’interprétation, et pour en saisir toutes les références. 

Le Congrès (The Congress). 2013. Réalisateur: Ari Folman. Scénariste: Ari Folman (d’après Le Congrès de futurologie de Stanislas Lem). Avec: Robin Wright, Harvey Keitel, Danny Huston, Paul Giamatti, Kodi Smit-McPhee, Sami Gayle. Musique par Max Richter. Durée: 2h.

Lire la critique sur cinemafantastique.net

Nicolas

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