[Critique] Gravity: immersion totale!

Gravity est bien plus qu’un film, c’est une immersion dans l’espace, qui fait de nous des astronautes (malchanceux). 90 minutes à ressentir le vide spatial et à faire face à l’horreur d’une situation dans laquelle nous ne pouvons rien faire. Dans l’espace, on ne peut se raccrocher à rien. Si l’on part à la dérive, il n’est pas possible, par nos seuls mouvements, de rejoindre une navette ou une station spatiale. Effrayant et… excitant.

Pour sa première expédition à bord d’une navette spatiale, le docteur Ryan Stone, brillante experte en ingénierie médicale, accompagne l’astronaute chevronné Matt Kowalsky qui effectue son dernier vol avant de prendre sa retraite. Mais alors qu’il s’agit apparemment d’une banale sortie dans l’espace, une catastrophe se produit. Lorsque la navette est pulvérisée, Stone et Kowalsky se retrouvent totalement seuls, livrés à eux-mêmes dans l’univers. Le silence assourdissant autour d’eux leur indique qu’ils ont perdu tout contact avec la Terre – et la moindre chance d’être sauvés. Peu à peu, ils cèdent à la panique, d’autant plus qu’à chaque respiration, ils consomment un peu plus les quelques réserves d’oxygène qu’il leur reste. Mais c’est peut-être en s’enfonçant plus loin encore dans l’immensité terrifiante de l’espace qu’ils trouveront le moyen de rentrer sur Terre…

Gravity, réalisé par Alfonso Cuarón (2013)

A des centaines de kilomètres au-dessus de nos têtes, le Dr. Ryan Stone (Sandra Bullock) effectue sa première sortie, pour une opération de routine. Mais un incident provoque une pluie de débris qui ravage la navette et projette Stone  dans un grand huit spatial, avec pour seul soutien un vétéran de l’espace, Matt Kowalski (George Clooney). Pour le spectateur, c’est une expérience vertigineuse qui s’amorce. Evidemment, les effets spéciaux, magnifiques, époustouflants, contribuent au spectaculaire. Mais contrairement à de nombreux blockbusters, Gravity ne se contente pas de se livrer à une escalade d’effets spéciaux dont l’unique but est de jouer à celui qui a la plus grosse. Ces effets sont au service de l’immersion et d’une réalisation révolutionnaire.

Gravity affichePour nous faire vivre pleinement la situation de détresse de Stone, Cuarón  alterne des plans larges et des plans rapprochés classiques, mais il a également beaucoup recours à des plans subjectifs qui nous font vivre les évènements à travers les yeux de la biologiste. Nous sommes désorientés, perdus comme elle. Ce n’est pas la première fois qu’un réalisateur a recours à des plans subjectifs, loin de là, mais Cuarón  trouve ici un équilibre entre les plans classiques et ces plans subjectifs. Plus qu’un gadget, ceux-ci autorisent une immersion totale et inédite dans un film… mais très courante dans les jeux vidéo. L’influence de ce média (qui, n’en déplaise, peut apporter beaucoup de fraicheur au 7e art) est de plus en plus visible, plus spécifiquement dans les films fantastiques et de science-fiction.

Encore plus impressionnante est l’utilisation du son, pour laquelle toute l’équipe de création sonore doit être félicitée. Le vide spatial ne transmet pas le son, ce qui est rappelé, sobrement, à l’ouverture du film. Cuarón  se montre opportuniste en tirant parti de cette propriété et en jouant avec elle. Imaginez une scène de destruction : des explosions, des objets se déplaçant à des milliers de km/h, une navette spatiale réduite en morceaux. Mais vous n’entendrez aucune détonation, seulement la musique de Steven Price et les cris de panique de Stone. Perturbant, déroutant, pas forcément agréable de prime abord, mais prenant et surprenant. Retour à l’époque du cinéma muet donc ? Non, évidemment. Si la mayonnaise prend, c’est parce que Cuarón  alterne les séquences sonores et les séquences de vide, durant lesquelles une musique soutient l’action. Parfois, ce ne sont que les souffles et les battements de cœur du Dr. Stone, parfois les répliques enjouées d’un Kowalski plaisantin et imperturbable.

Tant Sandra Bullock que George Clooney offrent une excellente interprétation de personnages dont on ne sait, au final pas grand-chose. Seuls quelques éléments du passé de Stone nous sont fournis, ceux qui sont nécessaires à nous faire comprendre que cette histoire est avant tout celle d’une renaissance. Quelques plans iconiques (la position fœtale dans l’espace, les derniers plans du film) parlent d’eux-mêmes. Si nous nous attachons à Stone, ce n’est pas parce qu’elle est un personnage inoubliable, mais parce que la réalisation nous permet de vivre son drame comme si nous étions à sa place. Point de vue intrigue, Gravity n’est donc qu’un survival « classique », dont l’objectif de survie est poussé comme jamais. « Classique », mais excellent et doté d’un rythme parfait : les séquences d’action, suffocantes et stressantes sont tempérées par des scènes plus lentes, durant lesquelles Stone pense être sauvée. Mais déjà, de nouveaux problèmes surgissent…

Gravity Ryan Stone

Le cinéma a été le témoin, en quelques occasions, de miracles : un réalisateur  de talent rencontre une idée, au moment où la technologie en permet une exploitation inédite. Gravity est spectaculaire, oui, mais ce spectaculaire est plus que de la poudre aux yeux : il est au service de l’immersion du spectateur. L’œuvre d’Alfonso Cuarón  marquera sans aucun doute l’histoire du cinéma, du point de vue de la réalisation et du montage sonore.  Bien sûr, on aurait voulu que le film soit aussi novateur sur le fond que sur la forme. Gravity reste malgré tout une expérience sensorielle qui prend le pas sur ses défauts. Une seule recommandation : allez le voir au cinéma. Vous passeriez à côté d’un évènement en le visionnant sur petit écran. Oui, le cinéma est devenu (trop) cher, mais 10€ pour le 7e ciel… ça reste bon marché, non ?

Gravity. 2013. Réalisateur : Alfonso Cuarón. Scénaristes: Alfonso Cuarón et Jonas Cuarón. Avec: Sandra Bullock, George Clooney. Musique de Steven Prince. Durée : 1h31.

 Nicolas

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