[Critique] American Horror Story : saison 1 (Murder House)

La première saison d’American Horror Story, intitulée Murder House part d’une rencontre plutôt classique : celle d’une maison au passé meurtrier et d’une famille au bord de l’implosion. Douze épisodes plus tard, la maison a dévoilé presque tous ses secrets et a absorbé le spectateur dans une ambiance malsaine qu’il quitte à regret.

  American Horror Story CoverLes relations au sein du couple Harmon ont déjà été plus cordiales. Après une fausse couche, le moral de Vivien (Connie Britton) n’est pas étincelant. Aussi, lorsqu’elle surprend Ben (Dylan McDermott) au lit avec l’une de ses étudiantes (Kate Mara), elle est prête à lui claquer la porte au nez. Pour sauver leur mariage (et protéger leur fille Violet, interprétée par Taissa Farmiga), les Harmon partent s’installer à Los Angeles, dans une superbe maison curieusement vendue en-dessous du prix moyen régional. Si l’agent de vente prévient la famille que les propriétaires précédents se sont suicidés, elle ne prend pas la peine de mentionner les autres drames ayant frappé ce lieu…

Cette maison au style victorien, qui est tout autant un décor qu’un personnage à part entière, exacerbe les problèmes personnels de chacun au moyen d’évènements surnaturels. La perversité de Ben est d’autant plus manifeste, tandis que le moral de Vivien chancelle davantage. Ballotée dans cette situation, Violet est quant à elle une adolescente un poil satanique- tendance suicidaire. Les personnages de cette série sont tous spéciaux à certains égards, à commencer par la voisine Constance (Jessica Lange), véritable sans-gêne qui n’hésite pas à s’inviter chez les Harmon pour proférer des paroles tout aussi glauques qu’étranges. Dans les autres personnages principaux, on retrouve Tate (Evan Peters), un adolescent psychopathe qui consulte Ben (psychiatre de profession), Moira O’Hara (Frances Conroy et Alexandra Breckenridge), une femme de ménage inhabituelle, ou encore Larry Harvey (Denis O’Hare), un type au visage à moitié brûlé, et qui semble avoir un lien avec la maison… Au fur et à mesure des épisodes, des relations se tissent ou se détricotent, tandis que des nouvelles connexions surgissent. Cet aspect de la série fonctionne d’autant mieux que le casting est excellent.

Le passé de la maison se dévoile progressivement, via des flashbacks pré-génériques dans presque tous les épisodes. Le pilote, mené au pas de charge, installe d’emblée l’atmosphère étrange de la maison. Etrange plus qu’effrayante, car cette saison d’American Horror Story n’induit pas de grandes peurs, elle ne fait pas s’hérisser les poils ni se cacher sous une couverture. Par contre, elle provoque un malaise, un sentiment que des évènements mauvais vont se produire.  Les auteurs ont préféré miser sur l’ambiance plutôt que sur une horreur graphique. Cette étrangeté passe par les personnages et déteint sur le comportement de la famille Harmon, qui en vient à accepter de manière presque naturelle certains évènements assez bizarres (comme les incursions régulières d’Addie, la fille attardée de Constance).

American Horror story

Ils acceptent certaines choses, mais il y a une limite à tout ! Face aux situations extrêmes, ils sont tentés de quitter les lieux. C’est à ces occasions que le travail de scénaristes se fait un peu trop ressentir. Maintenir une famille dans une maison comme celle-là durant 12 épisodes (équivalant à  plus ou moins un an) est un sacré pari. Les scénaristes s’en sortent au gré de pirouettes plus ou moins réussies. Ils y emploient régulièrement des scènes, avec pour prétexte favori des obligations médicales et financières. Rien de foncièrement improbable, mais suffisant tout de même pour qu’on fronce les sourcils et qu’on se rende compte de la manœuvre. Pour une fois, les personnages ont donc un comportement cohérent par rapport à l’horreur (ils veulent la fuir), mais sont dans l’impossibilité d’y échapper.  Ce travail d’écriture se sent également un peu au niveau des « règles »  qui régissent la maison. De nouveaux personnages font régulièrement leur apparition, mais dans l’absolu, le moment auquel ils font leur entrée n’a pas d’autre justification que le bon vouloir des auteurs de la série.

Ceci n’empêche que l’intrigue d’American Horror Story est intéressante et bien rythmée. Après deux épisodes plutôt introductifs mais déjà prometteurs, la pression monte sur quelques épisodes, avant de connaitre un petit creux vers la moitié de la série. Les règles de la maison sont alors énoncées clairement (elles étaient déjà sous-entendues bien avant, ne vous inquiétez pas). Le récit prend une autre tournure, plus déliée, avant de se reprendre et d’atteindre un climax asphyxiant dans le 11e épisode. Tout ayant été dit, le soufflet redescend malheureusement dans le dernier épisode, assez inintéressant. La série aurait sans doute pu être raccourcie, au vu de ce final, et de quelques moments d’égarements parsemant la série (la sous-intrigue avec « piggy pig pig », du pur remplissage).

Pour peu que l’on se laisse porter par l’ambiance de la Maison, les défauts de l’intrigue restent mineurs. Par ailleurs, les producteurs et les réalisateurs maitrisent parfaitement leur sujet. La réalisation instaure une atmosphère étrange, à renfort de de plans de biais un peu weird et de musiques angoissantes. Image et bande-sonore se contredisent parfois pour créer un décalage que l’on retrouve dès le prologue du pilote : alors que de jeunes jumeaux vandalisent la maison à l’abandon, une musique légère confère à la scène un aspect surnaturel. Bien entendu, on se doute que cette légèreté apparente prépare une séquence d’angoisse. Et le moment venu, la réalisation adopte des plans brefs et tranchants, qui condensent l’action et la rendent plus oppressante.

American Horror Story : Murder House est une réussite: entre ambiance surnaturelle et personnages variés, entre histoires de sexe et mensonges, cette série parvient à captiver le spectateur. Elle donne envie de découvrir les deux (et bientôt trois) prochaines saisons qui, espérons-le, poussent un peu plus loin ce concept.

American Horror Story saison 1 (Murder House). 2011, 12x 45’. Créée par Brad Falchuk et Ryan Murphy. Avec : Connie Britton, Dylan McDermott, Evan Peters, Taissa Farmiga, Denis O’Hare, Jessica Lange, Frances Conroy, Kate Mara

NicolasAmerican Horror Story

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5 réflexions sur “[Critique] American Horror Story : saison 1 (Murder House)

  1. J’ai aussi beaucoup apprécié cette première saison, que j’ai trouvé assez particulière, d’autant plus au format série télé. Ce qui m’a énormément plu, c’est que les scénaristes ont visiblement pu faire tout ce qu’ils voulaient et aller assez loin dans leurs moyens d’expression (qu’ils soient visuels, sonores ou narratifs). Et je trouve aussi que le casting est excellent, ce qui permet de rendre les personnages encore plus « forts ». En fait, c’est encore ma saison préférée de cette série.

    Cela dit, la saison 2 surpasse la première pour ce qui est de l’atmosphère malsaine, noire et dérangeante. Mais il m’est d’avis que le scénario ne suit pas à cause d’une ambition trop débordante. Et jusqu’ici, la saison 3 me paraît bien faiblarde par rapport à ses aînées. Mais je ne voudrais pas te décourager pour la suite. Je pense malgré tout que ça reste une série à part qui mérite d’être plus connue 🙂

    • Tout d’abord… Joyeux Noël!

      J’ai justement regardé le 1er épisode de la Saison 2 il y a quelques jours. C’est vrai que ça l’air encore plus dérangeant que la 1re saison. Mais je me demande si je ne vais pas attendre quelques mois avant de regarder la suite, parce que j’ai l’impression que les acteurs qui jouent à nouveau dans la série ont des rôles et des interprétations assez semblables à ce qu’ils faisaient dans « Murder House ». Je pense que si je n’attends pas un peu, je ne savourerai pas Asylum à sa juste valeur.

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