Fort McMoney : le jeu au service du documentaire

Le web-documentaire prend chaque année une place plus importante dans la production audiovisuelle. Le journaliste David Dufresne va encore plus loin aujourd’hui avec son concept de « jeu documentaire ». Dans Fort McMoney l’internaute ne découvre pas seulement une ville pétrolière : il participe à sa destinée.

Fort McMurray est une ville du nord de l’Alberta, au Canada.  Sa croissance économique est liée à l’exploitation de sables bitumeux (d’importants gisements de bitume ou de pétrole brut). Une ville dont la réussite économique enrichit ses habitants… du moins une partie de ceux-ci. Fort McMurray n’échappe pas à la pauvreté, à la drogue et à la prostitution. Le développement de cette ville peut également rendre mal à l’aise : il est l’image même de la surexploitation de la planète par l’homme.

Les différents aspects de Fort McMurray, positifs et négatifs, ont été filmés par David Dufresne. Mais plutôt que de diffuser ces images sous la forme d’un documentaire classique, il les réarrange autour d’une narration interactive afin de créer une ville jumelle virtuelle : Fort McMoney. Dans cette ville, les spectateurs deviennent acteurs et peuvent influencer son développement.

Fort McMoney prend la forme d’un jeu d’aventure « point & click », disponible gratuitement sur internet. Après une vidéo de mise en contexte, le joueur peut explorer la ville, en se déplaçant sur différents tableaux à l’aide de la souris. Sur sa route, il rencontre des personnages qu’il peut interroger  grâce à des questions prédéfinies. Il peut observer certains objets et en conserver dans son inventaire. Chaque action (rencontre, dialogue, nouveau lieu exploré) est créditée d’un certain nombre de points d’influence. Ces points permettent au joueur de peser sur l’avenir de la ville.

Fort Mc Money Dialogues

L’ajout par rapport à un jeu d’aventure classique, c’est la dimension sociale. Si les joueurs ne peuvent se rencontrer dans le jeu même, ils peuvent échanger et interagir entre eux à partir de leur tableau de bord. C’est d’ailleurs l’objectif essentiel de Fort McMoney : inclure le spectateur dans le questionnement en le faisant participer. Concrètement, chaque semaine, des référendums et des sondages sont proposés aux joueurs. Ceux-ci peuvent alors débattre et argumenter à ce sujet. En fonction des choix collectifs des joueurs, la ville évoluera la semaine suivante.

Une partie de Fort McMoney se déroule en effet sur 4 semaines, 4 épisodes successifs, prolongeant l’exploration de la ville et de ses problèmes. La première partie a débuté le 25 novembre 2013 et s’est achevée vers la mi-décembre. Le 19 janvier, un nouveau cycle de 4 semaines débutera. Au vu de cette logique, il est préférable de participer au jeu dès la première semaine, afin d’être impliqué dès le début dans le processus. Néanmoins, il est tout à fait possible de rejoindre la partie en cours et d’explorer les épisodes précédents (ce que j’ai fait de manière superficielle). Vous pouvez explorer la ville en ce moment même, mais bien entendu, vous ne pouvez plus contribuer à un débat quand il est clos.

Quel est le pouvoir réel des joueurs, tant individuellement (les points d’influence) que collectivement ? Quel est leur impact réel sur le développement de la ville ? Le jeu est-il amusant à jouer ? J’ai manqué le début de la première partie et n’ai passé que quelques heures sur le premier épisode. De ce que j’ai vu, le gameplay reste assez basique  mais l’expérience semble, à priori, intéressante.

Fort Mc Money tableau de bord

Par ailleurs, David Dufresne explique que le jeu n’est pas le but en soi. Le côté ludique sert de levier pour faire participer le spectateur-joueur. Renommer Fort McMurray en McMoney n’est pas anodin : ce changement attire l’attention sur le véritable enjeu, le capitalisme, dont David Dufresne dit qu’il est « un jeu cruel, terrible, fascinant ─ terriblement humain. » Les internautes suivront-ils et participeront-ils ? Ce sera un point important à surveiller. Pour les 4 premières semaines, le succès semble avoir été au rendez-vous. Le site officiel annonce « déjà 200 000 joueurs », sans qu’on ne sache à quoi ce chiffre correspond exactement. Lors de mon incursion lors de la première partie, j’avais pu constater que les référendums et sondages étaient animés.

Pour atteindre son objectif,  Fort McMoney peut également compter sur ses 4 médias partenaires : The Globe and Mail et Radio-Canada au Canada, Le Monde en France et le Süddeutsche Zeitung en Allemagne ont couvert la première partie, disponible en anglais, en français et en allemand. Une production internationale donc, fruit d’une collaboration avec l’Office national du film du Canada et Toxa (une entreprise québécoise qui réalise entre autres des produits transmédia), en association avec Arte. Pour un coût total estimé à 643 000€.

La deuxième partie de Fort McMoney débutera le 19 janvier. Durant les quatre semaines qui suivront, j’explorerai la ville, avant d’en tirer un bilan et de vérifier si, au-delà de l’aspect « commercial », le jeu apporte un réel plus au documentaire.  Si vous voulez tenter vous aussi l’aventure, c’est gratuit, et ça se passe par .

Site web : http://www.fortmcmoney.com

Concepteur: David Dufresne

Production: Office national du film du Canada et Toxa, en association avec Arte

Date de sortie : 25 novembre 2013

Nicolas

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