[Critique] La Désolation de Smaug : le Dragon et les 13 nains (et le Hobbit)

Une rivière sauvage dans des tonneaux ? Des montagnes russes avec un dragon ? Bienvenue dans La Désolation de Smaug, attraction spectaculaire de l’année !

Après avoir été sauvée par les Aigles, la troupe de Thorïn, toujours traquée par les Orques, poursuit son périple vers les Monts Brumeux. Avant de pouvoir se mesurer au dragon, Bilbon et ses compagnons nains doivent traverser la forêt de Mirkwood, domaine du roi elfe Thranduil et envahie par des créatures terrifiantes.  Pendant ce temps, le mage Gandalf enquête sur les agissements du Nécromancien….

Le Hobbit: La Désolation de Smaug, réalisé par Peter Jackson (2013)

La vie de nains revanchards et d’un hobbit en quête d’aventures est assez mouvementée. Esquiver le mépris des elfes hautains, repousser des orques hideux ou encore affronter un dragon cupide sont autant d’activités quotidiennes et dangereuses dans lesquelles Peter Jackson puise pour offrir un spectacle de tous les instants. La fuite en avant des personnages est aussi celle de la caméra, qui cherche à nous faire vivre intensément des scènes d’action toujours plus impressionnantes. Comme cette  séquence des tonneaux, bataille sur les fronts de l’eau et de la terre; ballet orchestré au mouvement près entre des dizaines de combattants. Nous sommes les nains, nous sommes les elfes, nous sommes Bilbon ; nous avons la tête sous l’eau et sans avoir pu reprendre notre souffle, nous courons sur les berges le temps de perforer quelques orques, avant de revenir aux côtés des nains. Cette séquence, nous la découvrons sous tous les angles, même ceux auxquels nous n’aurions pas pensé!

La Désolation de Smaug: montagne d'orPremier pic qui pourrait servir de climax sans rougir (ce qui était prévu pour l’adaptation en deux films), cette séquence n’est pourtant que l’échauffement, la petite flammèche qui allume le feu du grand dragon Smaug. Car enfin, la dernière heure du récit apporte le moment que tous attendaient : l’affrontement avec le lézard le plus puissant de son époque.  Smaug s’est fait désirer, mais il se fait pardonner avec des plans majestueux. Des images comme celles de son plongeon tournoyant au cœur de la montagne marquent durablement la rétine.

D’autant plus si vos yeux ont la chance de se poser sur la version HFR 3D du film. Si vous en avez le choix, optez pour, car cette technologie contribue beaucoup à l’immersion dans la Terre du Milieu. Il faut bien 10 minutes pour se remettre du choc initial : on n’assiste pas à une aventure, on a les pieds dedans ! Malgré le temps d’adaptation nécessaire et quelques  artefacts (des mouvements de caméras rapides et hachés, certains éléments donnant parfois l’impression de ne pas avoir d’épaisseur), le HFR est un atout indéniable du film.

En termes de mise en scène et de réalisation, Peter Jackson repousse donc ses propres limites, avec un enthousiasme qui finit par devenir excessif et qui conduit à des extravagances. La statue en or en est le sommet : oui, cette scène est extraordinaire, esthétiquement et symboliquement (la cupidité, la grandeur des nains en tant que peuple,…), mais elle se fait au détriment de toute vraisemblance. Dans un autre registre, la surpuissance de Legolas tend à diminuer la portée de ses exploits. Peter Jackson pèche ainsi par excès de zèle : à force de vouloir toujours plus, il en fait de trop.

Mais au-delà de ces petits excès qui relèvent davantage de l’anecdotique, la volonté de Peter Jackson d’en faire toujours plus est peut-être ce qui affaiblit la narration de La Désolation de Smaug. Avec ce constat assez paradoxal : le film tire sur la longueur et serait plus digeste avec 40 minutes de moins. Et pourtant… le réalisateur manque de temps pour travailler ses personnages ! Pourquoi ? Parce que chaque séquence d’action tire un peu trop sur la corde, chaque péripétie prend un peu trop de temps. Pendant la moitié du film, la compagnie continue sur le même rythme que dans Un Voyage inattendu. Malgré ses qualités, cette première partie parait donc un peu longuette. Il faudra attendre l’entrée en scène de Smaug pour que le récit redevienne captivant. Peter Jackson lance des intrigues parallèles (Gandalf, Tauriel et Legolas), destinées à préparer Histoire d’un aller et retour,  qu’il ne fait que survoler et qui affaiblissent l’intrigue principale. Malgré plus de 5 heures passées avec les nains, nous ne les connaissons donc toLa Désolation de Smaug: Thorinujours pas en-dehors de leur caractère guerrier (seuls quelques indices sont parsemés pour préparer l’évolution de Thorïn). Et au milieu de tous ces personnages, Bilbon ne parvient pas à occuper cette place de personnage central qui devrait être la sienne.

S’il est bien quelque chose que l’on ne peut reprocher à Peter Jackson, c’est son amour pour l’œuvre de Tolkien. Il connait parfaitement Bilbon le Hobbit et la mythologie de la Terre du Milieu. La Désolation de Smaug est une adaptation réussie, dans le sens où elle respecte non seulement l’esprit de l’œuvre, mais l’améliore sur certains points (par exemple le personnage de Bard est introduit et préparé, contrairement au livre). L’intégration d’un personnage comme Tauriel, pouvait faire grincer des dents. Pourtant l’elfe en elle-même est une bonne idée. La romance ? Pourquoi pas. Mais alors, il aurait fallu l’assumer et y consacrer le temps nécessaire, plutôt que de s’en désintéresser, comme si cette histoire d’amour n’était qu’une case à cocher dans la liste des « indispensables du blockbuster ». Malheureusement, ça sent la fin type Roméo et Juliette, version fantasy, dans le 3e épisode. On imagine déjà Legolas agenouillé près de Tauriel (ou son regard bleu perdu vers le lointain, comme il aime tant le faire), jurant que jamais, il ne se liera d’amitié avec un nain… Oui, Peter Jackson tisse des ponts narratifs avec Le Seigneur des Anneaux, ce qui est une bonne chose. Mais à trop vouloir faire du Hobbit une aventure épique équivalente à sa glorieuse ainée cinématographique, peut-être se perd-il un peu en chemin…

Si l’on s’éloigne des débats concernant l’adaptation du livre et la comparaison avec la trilogie du Seigneur des Anneaux, La Désolation de Smaug est un film de divertissement spectaculaire, mené par le magicien Peter Jackson. Emporté par son enthousiasme et son désir d’action, le réalisateur Néo-Zélandais néglige cependant ses personnages, davantage troupe de héros anonymes que communauté  à laquelle le spectateur pourrait s’attacher.  Cette Désolation de Smaug annonce en tout cas un final dantesque qui, on l’espère, saura trouver un équilibre entre l’aventure et la psychologie de ses personnages.

Le Hobbit : La Désolation de Smaug (The Hobbit : The Desolation of Smaug). 2014. Réalisateur : Peter Jackson. Scénaristes : Peter Jackson, Guillermo del Toro, Philippa Boyens, Fran Walsh. Avec : Martin Freeman, Ian McKellen, Richard Armitage, Ken Stott, Aidan Turner, Orlando Bloom, Evangeline Lilly, Luke Evans, Benedict Cumberbatch (voix), Lee Pace. Musique: Howard Shore. Durée: 2h41.

Nicolas

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2 réflexions sur “[Critique] La Désolation de Smaug : le Dragon et les 13 nains (et le Hobbit)

  1. Je n’ai pas lu Le Hobbit, contrairement au Seigneur des Anneaux. Je n’ai donc pas de matériel de comparaison. J’ai cru comprendre en tout cas que la différence de ton entre Le Hobbit et Le Seigneur des Anneaux était grande. Et j’ai justement un problème avec les deux films Hobbit sortis jusqu’ici. J’ai l’impression qu’ils essaient trop de surfer sur Le Seigneur des Anneaux, alors que le ton n’est pas le même. Et forcément, la comparaison est en la faveur de la trilogie de 2001…

    Cela a d’ailleurs des dommages collatéraux. Comme tu le dis, les personnages ne sont pas développés. À part Thorin, et un peu Gandalf et Bilbon, on ne connaît pas les autres. D’ailleurs, ils pourraient tous mourir et être remplacés par des figurants qu’on ne s’en rendrait même pas compte. Et surtout, le scénario est totalement étouffé. Le timing est mauvais : que fabrique Gandalf à aller et venir pour ne rien faire d’utile ? Pourquoi mettre Smaug en cliffhanger du premier film pour finalement le faire intervenir dans le dernier tiers de la suite ? J’avais sincèrement fini par l’oublier moi… Et en plus, il est intervenu alors que je priais pour que le film se termine, parce que je le trouvais trop long (ou tirant en longueur). En fait, j’ai adoré le début jusqu’au passage avec les tonneaux (inclus). Et après, j’ai eu l’impression que c’était la traversée du désert.

    Quant au dragon, oui, il est magnifique. En fait, les décors sont toujours magnifiques. Et c’est peut-être la seule chose qui arrive à égalité (voire surpasse) Le Seigneur des Anneaux. Mais pour le reste, je l’ai trouvé extrêmement idiot (déjà, le fait qu’il parle a un peu « cassé le délire » pour moi…), mais surtout, il aurait pu tuer tout le monde 50 fois. Et de manière générale, tous les personnages auraient pu mourir dix fois tant ils survivent à des situations improbables dans les deux premiers films (je suppose que c’était pareil dans la trilogie de 2001, mais au moins, on avait l’illusion qu’ils en bavaient pour survivre). Le seul qui ne donne pas l’impression d’avoir échappé à la mort de manière énorme, c’est Legolas. Mais comme tu le soulignes, c’est l’effet inverse : on a l’impression qu’il est intouchable.

    Enfin, Bilbon est un fantôme. Les films portent Le Hobbit dans le titre, mais on a l’impression que le vrai héros, c’est Thorin, et que l’histoire, c’est celle des nains. Bilbon peine à se faire une vraie place dans l’aventure, et il ne semble servir qu’à établir un lien rouge clignotant avec Le Seigneur des Anneaux.

    Cela dit, le côté grand spectacle a fait que j’ai encore assez apprécié ce film (alors que le premier m’avait vraiment énormément déçue).

    • Salut, merci pour ton commentaire ! C’est intéressant d’avoir l’avis de personnes qui n’ont pas lu le livre, ça évite que la question de l’adaptation ne vienne interférer dans l’appréciation du film. Mais bon, ceci dit il y a la comparaison avec le SdA qui se fait naturellement.

      C’est clair qu’à la base, il y a une différence de ton du fait que le Hobbit est plus léger, avec un peu plus d’humour, parce qu’il est censé être un livre pour enfants (enfin, c’est ce que voulait Tolkien, personnellement, je suis pas convaincu que le résultat vise vraiment ce public). Et clairement, la trilogie du Hobbit est plus légère que le SdA (genre le gag du roi des gobelins qui tombe sur les nains dans le 1er film, après une longue chute). Perso, moi aussi j’accroche moins.

      La particularité du bouquin « Bilbon le Hobbit », c’est qu’il se passe beaucoup de choses, mais que Tolkien le raconte en très peu de mots. Exemple : la bataille à venir dans le 3e épisode est décrite en moins de 10 pages. Alors que Jackson devrait y passer au moins 30 minutes… Et beaucoup de problèmes que tu soulignes sont déjà présents : Le départ de Gandalf est par exemple aussi présent dans le bouquin, sauf qu’on ne sait même pas ce qu’il fait, il ne l’explique qu’à la fin en réapparaissant. Idem pour Bard, qui sort un peu de nulle part, comme je l’expliquais dans ma critique. Pour les nains interchangeables, c’est encore pire dans le bouquin. Par contre, comme on suit plus souvent Bilbon dans le livre, il a vraiment le statut de protagoniste.

      Je pense que sur le plan de l’adaptation, Peter Jackson a fait de l’excellent boulot, simplement il ne faut pas oublier que Le Hobbit n’est pas le SdA. Le premier est un bon livre, le deuxième est un chef-d’œuvre. Une des raisons qui explique la différence de qualité entre les deux trilogies, c’est le matériau de base. Ensuite, Le Hobbit aurait pu donner lieu à deux « excellents » films. Pour des raisons financières évidentes, nous avons droit à trois « bons » films. Qualité vs quantité. Sans être devin, on pouvait prédire les problèmes de rythmes qui minent un peu le film. Décider de passer de deux à trois films en plein tournage (même s’ils avaient déjà anticipé un peu ce changement), ça laisse forcément des traces… (et il n’y aurait pas ce problème de cliffhanger dont tu parles, entre autres).

      Enfin, je pense aussi que Peter Jackson est un peu responsable des (trop) grandes ressemblances entre les deux trilogies. Au début, il ne devait être que producteur, et Guillermo del Toro devait être le réalisateur. On aurait donc probablement toujours eu un lien fort avec le SdA, grâce à la présence de Jackson, tout en ayant une esthétique et une réalisation différente. Sans remettre en cause les qualités de Peter Jackson, je pense qu’un autre réalisateur aurait apporté plus de fraicheur. Mais bon, on ne le saura jamais!

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