[Cycle Miyazaki] « Le Vent se lève »: testament cinématographique

Après une longue et riche carrière, Hayao Miyazaki tire sa révérence avec « Le Vent se lève ». Pour son dernier film, il signe un testament cinématographique, incluant de nombreux éléments biographiques. Et revient, une nouvelle fois, à son amour pour l’aéronautique, qui a guidé presque tous ses films. Bonheur et nostalgie pour les admirateurs du génie japonais.

« Le Vent se lève », réalisé par Hayao Miyazaki (2013)

« Le Vent se lève » est une adaptation libre de la vie de Jirō Horikoshi, concepteur des célèbres « Chasseurs Zéro » utilisés par les Japonais durant la Seconde Guerre mondiale. Prenant place dans une société japonaise en pleine évolution, le récit dépeint la vie d’un génie, pris entre ses rêves de repousser toujours plus loin les limites humaines, et une réalité qui l’oblige à concevoir des avions militaires. Axé essentiellement sur la passion de Jirō pour l’aéronautique, « Le Vent se lève » laisse néanmoins la place à une romance avec Nahoko, une jeune fille à la santé fragile.

Le Vent se lève Jiro et NahokoS’éloignant de l’imaginaire fantaisiste de ses dernières productions (et, plus généralement, de sa carrière), Miyazaki propose ici un drame ancré dans un univers réaliste, par moments proche du documentaire. Il décrit un Japon frappé par la crise économique et cherchant désespérément à rattraper son retard technologique, même s’il faut pour cela affamer sa population. Un pays qui compte également sur l’aide de l’Allemagne, gagnée par le national-socialisme. Ce tableau historique est toutefois régulièrement rafraichit par des séquences oniriques, durant lesquelles Jirō partage ses rêves avec Caproni, un ingénieur italien ayant conçu de nombreux avions. C’est alors la pure beauté de l’aviation qui importe.

On ne partage pas pour autant l’enthousiasme de Jirō, personnage qui peine à susciter la sympathie. Est-ce à cause de son ambiguïté vis-à-vis du régime nazi ? De son implication dans l’élaboration de machines de guerre ? Peut-être est-ce, plus simplement, à cause de sa personnalité et de son manque de charisme. Son comportement détaché et passif ne donne pas l’impression que sa passion soit si dévorante, hormis durant la dernière demi-heure, lorsque le protagoniste doit gérer la santé déclinante de sa femme parallèlement à la conception du « Chasseur Zéro ». Dès lors, il est difficile de s’intéresser aux échecs et aux réussites de Jirō, ou d’être captivé par un sujet qui reste assez pointu. En fin de compte, pour le spectateur lambda, les séquences qui ne concernent pas directement l’aéronautique sont, paradoxalement, les plus intéressantes.

C’est dans ces scènes que Miyazaki parvient à faire ressortir au mieux la poésie aérienne de son œuvre (les avions en papier que Jirō envoie à Nahoko), et qu’il humanise son personnage. Porté par une esthétique sobre mais réussie, « Le Vent se lève » est un film poétique, comptant plus sur la beauté de ses scènes que sur un récit fort.  Miyazaki rythme d’ailleurs son récit avec un vers du poème « Le Cimetière marin », de Paul Valéry.  « Le vent se lève !… Il faut tenter de vivre ! » est un leitmotiv marquant l’évolution de Jirō et qui résonne comme un appel à espérer, malgré les difficultés de la vie.

« Le Vent se lève » est un film à part dans la filmographie de Miyazaki. Le spectateur neutre l’appréciera comme un film poétiquLe Vent se lève e et mélancolique, ancré dans un contexte réaliste. Un film porté par quelques scènes émouvantes, plutôt que par un personnage transparent. Magnifique, malgré ses défauts. Il est, en tout cas, difficile pour le fan de Miyazaki de se lever avant que le générique ne soit achevé. Impossible de ne pas penser que, sous ses yeux, défilent les dernières images du « Maitre ». Impossible de ne pas murmurer : « Merci pour toute votre œuvre… et bon vent à vous, Miyazaki ! »

Le Vent se lève (Kaze Tachinu). 2013. Réalisateur: Hayao Miyazaki. Scénariste: Hayao Miyazaki. Acteurs (voix): Hideaki Anno, Miori Takimoto, Masahiko Nishimura. Musique: Joe Hisaishi. Durée: 2h06.

Nicolas

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6 réflexions sur “[Cycle Miyazaki] « Le Vent se lève »: testament cinématographique

  1. Quel joli article sur ce film! Effectivement, j’ai aussi trouvé que l’on avait du mal à s’attacher au personnage principal. Ce n’est pas du tout mon préféré de Miyazaki, je préfère ses oeuvres fantastiques! 🙂

  2. Pingback: 2014: le bilan cinéma! | Scientas'Hic

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