[Critique] « 300: La Naissance d’un Empire ». Touché-coulé

Après Léonidas et ses valeureux spartiates en slip, c’est au tour de Thémistocle et de ses non moins valeureux 10 000 Grecs, tout aussi dénudés, de repousser l’armée de Xerxès. Si Zack Snyder laisse le fauteuil de réalisateur à l’Israélien Noam Murro, il reste néanmoins garant du respect de l’esprit « 300 », grâce à son poste de producteur.

Tandis que Léonidas et ses Spartiates tiennent tête à l’armée terrestre de Xerxès, le général athénien Thémistocle tente d’unir la Grèce en vue de l’affrontement final. Lui qui a autrefois tué le roi Darius Ier, père de Xerxès, doit à présent empêcher un débarquement ennemi par la mer. Commandée par la reine Artémise Ire, Grecque qui a juré la perte de sa patrie, la flotte perse est en grande supériorité numérique. Plus qu’une lutte entre deux armées, c’est un affrontement entre deux des plus grands généraux qui s’annonce…

« 300: La Naissance d’un Empire », réalisé par Noam Murro (2014)

Ni préquelle ni séquelle, mais récit parallèle, 300 : La Naissance d’un Empire entend bien conserver la recette qui a fait le succès de son prédécesseur. L’ingrédient de base : un héros superbe, prêt à mourir pour sa patrie. Après Léonidas, voici Thémistocle. Pour l’épauler, des alliés. Notamment un père et son fils. Après Artémis et son fils Astinos, voici Scyllias et son fils Callisto. La différence ? Ceux de 300 : La Naissance d’un Empire sont beaucoup moins charismatiques. Sans démériter, Sullivan Stapleton ne parvient jamais à susciter l’admiration avec ses coups d’éclat. Le problème ne vient peut-être pas de l’acteur lui-même, mais plutôt du contexte dans lequel il évolue : certes, commander 10 000 paysans et bouchers grecs face au triple d’adversaires est impressionnant, mais pas autant que 300 Spartiates tenant tête à des dizaines de milliers de soldats perses. L’éventuel sacrifice en perd de sa splendeur, et l’admiration propre à une situation désespérée se sent beaucoup moins dans cette suite.

300: BATTLE OF ARTEMESIUMEt ce, malgré que les auteurs aient bien compris que la valeur d’un héros se mesure à la puissance de son adversaire. Face aux muscles bandés de Thémistocle se dresse l’implacable froideur d’Artémise, qui n’a, point de vue atouts anatomiques, rien à envier à son opposant. Belle, mais farouche et cruelle : Eva Green incarne le plus terrible général de Xerxès. Le combat, stratégique et physique, débouche sur une relation amour-haine intense avec Thémistocle, superbement condensée dans une sorte d’étreinte amoureuse, lors d’un face-à-face intime. Dynamique et bien foutue, cette scène incarne le bon côté de La Naissance d’un Empire, celui que l’on aurait aimé voir tout au long du film. A l’inverse, l’affrontement final entre les deux généraux est représentatif de ses défauts : un duel décevant, qui s’achève sans qu’on n’ait eu l’impression qu’il ait débuté. Un climax qui accouche d’un combat faiblard, bien trop plat pour nous faire vibrer.

Malgré ses très bonnes intentions, 300 : La Naissance d’un Empire, ne parvient jamais à vraiment décoller. Toutes ses idées s’abîment comme les navires de guerre perses. Celle, par exemple, d’imbriquer ce récit avec celui de 300. En fin de compte, on assiste à un ballet d’aller-retour de Thémistocle : il va discuter chez les Grecs, puis les Spartiates, il s’en va en guerre, il revient discuter,… Agaçant.

Bien entendu, le scénario, tout le monde s’en moque. Le spectateur est là pour admirer de superbes tableaux, une esthétique pareille à nulle autre. Et là, il est servi. Les tempêtes et batailles navales feront trembler ceux qui n’ont pas le pied marin ! La Naissance d’un Empire affiche une palette plus sombre encore que son prédécesseur, et manque d’ailleurs un peu de variété chromatique. De par son exagération volontaire, le récit fait penser à celui qu’un grand-père raconterait à son petit-fils, au coin du feu. Une histoire enjolivée, dans laquelle l’ennemi apparait comme plus effrayant, et la situation plus désespérée qu’elle ne l’était vraiment.

Naissance d'un Empire bateaux300 : La Naissance d’un Empire affiche un taux de mort à la minute proprement impressionnant. Démembrements et éventrations paraissent aussi naturels que la respiration. Oui, Noam Murro élève les affrontements sanglants au rang d’œuvre d’art. Mais à offrir la mort trop facilement, Zack Snyder use probablement trop vite son concept, tandis que Noam Murro, en voulant impressionner dès les premières minutes, nous sert trop facilement la boucherie attendue. Funeste conséquence, les exploits de Thémistocle tendent à tomber dans l’ordinaire, et finissent par ne même plus faire sourciller un spectateur déjà blasé. Les batailles navales, cœur de cette suite, pèchent par leur mollesse et ne parviennent pas à éviter la lassitude qui s’installe peu à peu.

300 : La Naissance d’un Empire n’est pas mauvais en soi, et il serait injuste de ne pas souligner les quelques nouveautés que Noam Murro a voulu apporter. Mais on sent bien que sa marge de manœuvre est limitée, qu’il ne peut trop s’éloigner des balises posées par Zack Snyder. Dès lors, ses idées se dégonflent vite, comme les muscles des acteurs après le tournage.

300: La Naissance d’un Empire (300: Rise of an Empire). 2014. Réalisateur : Noam Murro. Scénaristes : Kurt Johnstad, Zack Snyder. D’après le roman graphique 300 de Frank Miller. Avec : Sullivan Stapleton, Eva Green, Lena Headey, Rodrigo Santoro, Jack O’Connell, Hans Matheson, Callan Mulvey. Musique : Junkie XL. Genre : Fantastique. Pays d’origine : USA. Durée : 1h42

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Nicolas

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6 réflexions sur “[Critique] « 300: La Naissance d’un Empire ». Touché-coulé

  1. Tu es bien plus généreux que moi, qui n’ai guère trouvé que le générique de fin pour sauver ce film… Trop plat, sans relief ni réelles émotions, même sa scène intime fait pâle figure après des Games of Throne ou même la saison 2 de Rome… Tu notes que je n’évoque pas l’intrigue en soi, l’historien de l’antiquité spécialiste du domaine militaire grec s’étant effacé derrière le simple spectateur sous peine de faire une attaque d’apoplexie (sérieusement la flotte spartiate qui ??? y’en a qui ont pas du lire Hérodote…)

    • Pour moi, c’est plutôt qu’il laisse indifférent. Il ne provoque pas l’émerveillement, mais bon, je n’ai pas poussé des soupirs tout le long du film, en me disant que j’avais été encore une fois arnaqué, comme ça arrive parfois. Il est en-dessous de « 300 », mais, objectivement, pas tant que ça. Par contre, les défauts et limitations du premier, qu’on pouvait oublier devant l’effet de nouveauté et le design très particulier, se sentent beaucoup plus. Mais bon, je dois dire que je n’attendais rien de spécial de « La Naissance d’un Empire », j’ai vu à peu près ce que je m’attendais à voir.

      La scène « intime » n’est pas dans le même style que celle de Game of Thrones, mais ceci dit, dans la série et les bouquins de Martin, il n’y a pas vraiment d’équivalent à là relation Thémistocle- Artémise. Donc oui, elle fait pâle figure sur certains aspects, mais je la trouve intéressante.

      Haha oui, j’imagine l’infarctus au cinéma pour l’historien :p J’ai lu une interview du réalisateur et autres personnes qui ont bossé sur le film (décorateur,…) dans « L’Ecran Fantastique ». Ca t’intéresserait peut-être. Ils sont bien renseignés, mais ils ont volontairement exagéré certaines choses pour rendre les Perses plus impressionnants. Vu le parti pris, c’est moins choquant que l’intrigue de Gladiator par exemple.

      Moi ce qui me gêne avec les spartiates ATTENTION SPOILER- c’est plutôt le twist qu’on sentait dès la 1re entrevue de Thémistocle avec les Spartiates. Forcément, quand ils débarquent, ça n’a rien de bien excitant…

      • Oui le premier apportait une vrai nouveauté, contrairement à celui-ci. Et le fait de mettre tout de suite des batailles (on ne demandera d’ailleurs pas où est passé Miltiades…) fait que le film démarre « trop fort » et n’a pas la possibilité de mettre autant d’explosions qu’un Michael Bay pour aller crescendo.

        Sinon je pense que le fait qu’il arrive après toutes ces séries HBO (Rome, Borgia, GoT, …) ou autres (Spartacus) fait aussi qu’il apparaît moins intéressant : il essaye la surenchère mais sans succès, le grand écran s’est quelque part fait dépasser par le petit qui a mis en place cette noirceur, cette violence, cet étalage de gore etc… qui avaient fait le succès de 300 en 2006.

        Pour ce qui est de l’historicité, je dirais que Gladiator est bien plus historique… Rôles de Sparte et d’Athènes dans l’après Thermopyles (c’est qui qui as les bateaux, hein ? rappel de Wikipedia : « L’aile droite grecque, dirigée par Eurybiade, et constituée des navires lacédémoniens, corinthiens et éginètes, flanche au départ et recule provisoirement, sous les probables huées des civils massés sur les rivages de l’île de Salamine. Thémistocle dirige, lui, tout le reste de la flotte, à savoir au centre les flottes de Mégare, Chalcis et des navires athéniens, et surtout sur l’aile gauche une flotte homogène d’environ 120 trières athéniennes. Face à eux se tiennent leurs vieux adversaires, les Phéniciens. »), rôle d’Artemisia (qui existe mais n’a qu’un petit escadron sous ses ordres), représentation de l’Acropole (non le Parthénon n’était pas encore construit : ils étaient en train d’en construire un que l’on a retrouvé inachevé et brûlé sous l’actuel), j’en passe et des meilleurs.

        Ils auraient pu mettre autre chose, par exemple contraster le calme des troupes avec la panique des civils évacués sur l’île de Salamine, ils auraient pu reprendre l’anecdote célèbre de la « trahison » ou lancer le péan, martial et devenu fameux, des marins athéniens avant la bataille « Allez, fils de la Grèce, délivrez la patrie, délivrez vos enfants et vos femmes, les sanctuaires des dieux de vos pères et les tombeaux de vos aïeux : c’est la lutte suprême » : cela aurait eu plus de gueule que les dialogues plats que l’on nous a servi dans ce film…

        • Oui, je pense qu’on est d’accord sur la qualité du film, mais tes connaissances en histoire font que tu le vois plus négativement que moi. Par rapport à Gladiator, je voulais dire que ce film se veut beaucoup plus réaliste/ historique que 300. Mais bon, c’est vrai que c’est dommage qu’ils n’aient pas repris des phrases comme celle-là. Ils auraient pu faire beaucoup d’autres choses, mais ils ont préféré rester sur le même schéma que 300.

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