[Critique] Edge of Tomorrow : et c’est reparti pour une boucle !

Après Oblivion en 2013, Tom Cruise poursuit son retour vers la pure science-fiction, sous les commandes d’un Doug Liman, à qui l’on doit des films efficaces (La Mémoire dans la Peau), à défaut d’être toujours brillants (Mr & Mrs SmithJumper). Son dernier film, Edge of Tomorrow, est une véritable machine de guerre, qui mitraille le spectateur d’action et de fun.

Dans un futur proche, la Terre a subi une invasion extra-terrestre. Au bord du gouffre, l’humanité coalisée s’apprête à lancer une contre-offensive majeure. Un brutal remake du débarquement d’Omaha Beach, auquel le commandant Bill Cage est forcé de prendre part. Problème ? Il n’a de commandant que le nom. En réalité, il n’est qu’un reporter sans aucune expérience sur le champ de bataille. Le brave Cage ne tarde d’ailleurs pas à succomber… et à reprendre aussitôt conscience, la veille du combat. Un étonnement auquel succèdent un nouveau trépas et un étonnement encore plus grand : une boucle temporelle est amorcée. Pour comprendre le sens de cette prison, Cage se tourne vers le sergent Rita Vratasky, héroïne d’une précédente bataille victorieuse contre les aliens…

 « Edge of Tomorrow », réalisé par Doug Liman (2014)

Edge of Tomorrow agit tel un commando US face à Ben Laden: il tire droit à la cible, sans se préoccuper du reste. Et cela commence dès les premières minutes, quand il s’agit de poser le contexte de l’histoire : un compte-rendu balancé sous forme de nouvelles télévisées. Pas élégant pour un sou, mais redoutable d’efficacité. Même idée sous-jacente, quand il s’agit d’évoquer textuellement les batailles les plus violentes du XXe siècle, comme Verdun ou le débarquement de Normandie. Pas besoin de beaucoup de mots pour sous-entendre la boucherie qui s’annonce.

Edge of Tomorrow se pose comme une étrange fusion (futuriste) d’Il faut sauver le Soldat Ryan futuriste et d’Un jour sans fin: l’action d’un côté, l’humour et le concept de la boucle temporelle de l’autre. Doug Liman ne réinvente pas la poudre, à aucun moment il n’innove véritablement. Mais il parvient à extraire le meilleur des concepts qu’il emprunte. Le récit repose entièrement sur ce principe de mort-renaissance, sur cette journée qui ne cesse de rebooter. C’est là que débute un fabuleux exercice d’équilibriste, visant à montrer toujours « la même chose » sans lasser. Pour y parvenir, Liman trouve un rythme tout simplement bluffant, alternant longues scènes et plans très courts, souvent humoristiques, durant lesquels Tom Cruise se vautre misérablement dans ses tentatives.

Même avec les meilleures EoT Tom à la guerreintentions du monde, les variations de cette construction narrative peuvent vite lasser, et c’est précisément aux moments où nait dans notre cerveau la pensée qu’il faudrait passer à autre chose que Doug Liman le fait. Au gré d’un scénario et d’un montage – sur ce point- très inspiré, Edge of Tomorrow aligne plusieurs blocs narratifs bien distincts, qui vont parfois lorgner du côté de la course-poursuite ou de l’infiltration. Des bols d’air nécessaires, et qui renouvellent donc suffisamment les péripéties de Tom Cruise pour qu’on ne s’ennuie pas, d’autant plus que Doug Liman a la sagesse d’user de son concept avec de plus en plus de réserve au fil du récit.

A l’inverse, il ne s’arrête à aucun moment d’offrir de l’action de qualité. Pas un moment de répit, juste une impression de fun permanent ! On se retrouve comme un petit (ou grand !) enfant au parc d’attraction. Explosions de couleurs, grand huit extra-terrestre,… Edge of Tomorrow fait partie de ces blockbusters qui parviennent à faire accepter ses aspects moins réussis, en s’offrant généreusement au spectateur. Cette réussite passe par une sobriété, de mise dans la réalisation et les effets spéciaux. Rien de révolutionnaire, rien d’inoubliable, mais le tout fonctionne de manière cohérente (par exemple, la transition entre effets numériques et effets de plateau est invisible). Il en va de même pour les personnages, pas forcément nuancés, mais qui, à défaut d’être des rôles d’anthologie, ne flinguent pas le récit.

Une fois l’euphorie et l’adrénaline redescendues, on se rend compte, naturellement, que le scénario dérape plus d’une fois. Des comportements difficilement explicables (le refus de tous les soldats de montrer à Cage où se situe la gâchette de son arme, un artifice scénaristique grossier pour montrer la « virilisation » future du personnage) des bouts de séquences embarrassants à résoudre et expédiés sans explication (l’échappée de l’hôpital ?), des personnages secondaires sous-développés (en partie à cause de scènes coupées, ce qui entraine d’ailleurs des incompréhensions dans la dernière demi-heure), et une fin qui passe à côté de son sujet,… la liste des incohérences, petites et grandes, ne s’arrête pas là.EoT Rita Vrataski et Bill Cage

On n’ira pas jusqu’à cautionner les errances d’Edge of Tomorrow, mais, pour une fois, celles-ci profitent à une action réussie et à une efficacité de tous les instants. Doug Liman n’est pas le plus grand réalisateur, mais il offre un film d’action prenant et très généreux. Un film sans génie, peut-être, mais un blockbuster qui fait le métier. Et de manière professionnelle. 

Edge of Tomorrow. 2014. Réalisateur : Doug Liman. Scénaristes : Christopher McQuarrie, Jez Butterworth, John-Henry Butterworth, d’après le light novel All You Need is Kill de Hiroshi Sakurazaka (2004). Avec : Tom Cruise, Emily Blunt, Bill Paxton, Brendan Gleeson. Musique : Christophe Beck. Genre : science-fiction, action. Pays d’origine : USA, Australie. Durée : 1h53

Nicolas

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