[Critique] »Transcendance »: Vers l’I.A. et au-delà!

Fantasmé depuis longtemps, l’instant où l’intelligence artificielle tuera le père trouve, avec Transcendance, un nouvel avatar. Un sujet dans l’air du temps, dont profite Wally Pfister (directeur photo de Christopher Nolan, de Memento à The Dark Knight Rises) pour réaliser son premier film.

Le Dr Will Caster est une sommité dans le champ de l’intelligence artificielle. Avec son équipe, il pense être sur le point de créer un ordinateur doté d’une conscience. Ses rêves se brisent le jour où un groupe « terroriste » anti-technologie le blesse mortellement, lors d’attentats simultanés contre des laboratoires scientifiques. Incapable de laisser partir son mari (et collègue de travail), Evelyn scanne son esprit et le transfert dans un super-ordinateur, doté d’un embryon de conscience. Alors que ce nouvel être grandit et cherche à s’étendre, reste-t-il vraiment en lui quelque chose de l’esprit de Will ?

 « Transcendance », réalisé par Wally Pfister (2014)

Malgré son statut de blockbuster, Transcendance accorde assez peu de place à l’action (en-dehors de sa dernière demi-heure), et préfère se focaliser sur le développement de l’I.A. Jack Paglen, le scénariste, a bien potassé pour fournir une base réaliste au récit (même si l’on reste bien entendu dans une fiction composant avec quelques extravagances). Contrairement à d’autres films de ce type, qui se concentrent souvent sur les humains, Transcendance passe beaucoup de temps à décrire ce Will numérisé, et sa manière de poser les jalons de son futur. Point de vue thématique, c’est l’occasion de s’emparer d’enjeux actuels (les anti-technologiques et le retour à la nature, l’interconnexion, les nanotechnologies,…), et de développer un bout de réflexion philosophique (l’I.A. comme un Dieu, le concept de « Transcendance » même). Beaucoup de pistes intéressantes, malheureusement trop peu explorées. C’est l’un des paradoxes de ce film : malgré les nombreuses scènes dédiées à Will/ l’I.A., le réalisateur ne s’enfonce jamais plus loin que la surface des thèmes abordés. La raison est peut-être que Transcendance reste, avant tout, une romance, à laquelle Wally Pfister consacre beaucoup de temps.

Transcendance Will discoursCette relation de couple (glissant vers un triangle amoureux) devrait humaniser ce récit. Pourtant, Transcendance manque d’émotion. Est-ce parce que les personnages n’étaient passez assez étoffés dans le scénario ? Ou est-ce parce que le réalisateur, directeur photo de formation, n’a pas su tirer profit de son prestigieux et expérimenté casting (Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany, Cillian Murphy, Morgan Freeman, Kate Mara)? Quoi qu’il en soit, difficile d’éprouver un quelconque attachement pour ces personnages ou de s’intéresser à leur destin (annoncé d’emblée). L’encéphalogramme émotionnel reste plat du début à la fin. Ironiquement, tout semble froid, dépourvu de chaleur humaine.

A l’inverse, on pourra s’amouracher des belles images de Wally Pfister. Il est clair qu’il maitrise bien plus l’aspect technique de son film que le jeu de ses acteurs. Visuellement, Transcendance est le réceptacle de quelques instants merveilleux pour la rétine. Les effets visuels associés aux nanotechnologies sont, par exemple, une belle réussite. De manière générale, Pfister filme son sujet de manière très propre. Cette sagesse colle parfaitement au tempo général du film, très posé. Trop, peut-être.

Transcendance Will et EvelynPas aussi spectaculaire qu’un vrai blockbuster, pas aussi profond qu’une oeuvre comme Her (en ce qui concerne la relation entre un humain et une I.A.), Transcendance est un film hybride, qui laisse une légère impression de vide. Ni bon ni mauvais, il est du genre discret, de ceux qui rejoignent vite la cohorte des films vus sans désagréments, mais pas assez marquants pour laisser un souvenir durable. C’est ce qui lui vaut, peut-être, de rejoindre une liste de films à gros budgets (composée entre autres de John Carter et de Lone Ranger), qui sombrent plus pour des raisons externes (mauvais positionnement/ timing, mauvaise com’) que pour leurs qualités artistiques.

Transcendance (Transcendence). 2014. Réalisateur : Wally Pfister. Scénaristes : Jack Paglen . Avec : Johnny Depp, Rebecca Hall, Paul Bettany, Cillian Murphy, Morgan Freeman, Kate Mara. Musique : Mychael Danna. Genre : science-fiction, thriller. Pays d’origine : USA, Grande-Bretagne. Durée : 1h53.

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Nicolas

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