[Critique] « The Voices » : C’est grave, docteur ?

Vous aussi, vous entendez parfois une petite voix dans votre tête, qui vous murmure ce qui est bien et ce qui est mal ? Non ? Allez, on connait tous ça ! Bon, évidemment, il y a parfois des excès : dans certains cas, cette voix vous transcende et vous change en héros. L’option « Jeanne d’Arc », mettons. A l’inverse, le murmure intérieur peut vous transformer en psychopathe. C’est plutôt de ce côté que penche Jerry, le protagoniste de The Voices.

« The Voices », réalisé par Marjane Satrapi (2014)

The Voices usine

Jerry s’épanouit dans son usine de baignoires.

Jerry n’est pas un homme comme les autres. Psychologiquement, le bonhomme a un passé, et est suivi. Mais tout va bien : il travaille dans une usine qui produit des baignoires et ses collègues sont bienveillants, malgré sa bizarrerie. Il les apprécie également, et plus particulièrement Fiona, la belle du service compta. Sa vie, en fin de compte assez banale, se poursuit chez lui, quand il tape la conversation avec… Monsieur Moustache, son chat, et Bosco, son chien… Ah oui, pas si ordinaire que ça, quand même !

La réalité parait très colorée, avec ses élévateurs roses, qui se déplacent comme dans un ballet, à l’usine. On se croirait presque dans un conte de fée ! C’est ainsi que Jerry voit notre monde… quand il ne prend pas ses médicaments ! The Voices nous met dans la tête d’un « sympathique » schizophrène en quête d’amour, et nous donne une perspective à la fois drôle et touchante de cette maladie. Plutôt que de s’en servir comme élément de suspense (le procédé est éventé rapidement), la réalisatrice, Marjane Satrapi, l’utilise comme un moyen pour comprendre les agissements étranges (et macabres) d’une personne dérangée. Partant d’un très bon scénario, elle parvient à créer un personnage attachant, quand bien même il devient assassin. L’empathie passe par l’humour (noir), qui n’est pas sans évoquer Tucker & Dale fightent le mal, par moments : Jerry est hilarant, particulièrement lors de ses débats avec son chat, grossier et hautain (un chat, quoi) et son chien, affable et aimant (un chien, quoi). Les personnages secondaires ne sont pas en reste : Lisa, Fiona et Alison, 3 femmes du service compta, exploitent parfaitement certains clichés et s’en jouent de manière convaincante. Big up au casting à 100% juste. Si Jerry devait déjà être intéressant sur le papier, Ryan Reynolds magnifie son rôle et favorise l’adhésion du public à son personnage.

THE VOICES

Jerry, ange et/ou démon?

Vous l’aurez compris, le film pêche dans plusieurs genres (slasher, thriller, comédie) pour trouver un ton toujours léger, même dans les moments « trash ». La violence elle-même n’est pas le sujet du récit. Satrapi joue avant tout sur la suggestion et se contente habilement de quelques plans de la « vraie » réalité, celle vue par les autres personnages pour provoquer le choc. Passée par la case dessinatrice (on lui doit la BD Persepolis), la réalisatrice trouve une esthétique en osmose avec le ton de son scénario. Même choix heureux pour la bande-son, qui accompagne de manière guillerette les pas de notre héros.

The Voices mélange parfaitement les genres pour trouver un juste équilibre et une bonne cohérence, qui manque parfois à ce genre d’œuvre hybride. Malgré quelques petites longueurs dans sa seconde moitié, Satrapi livre un film original et très abouti, notamment dans son final. Une sacrée bonne surprise, à découvrir tout seul ou accompagné (…de soi-même) !

The Voices. 2014. Réalisateur: Marjane Satrapi. Scénariste: Michael R. Perry. Avec: Ryan Reynolds, Gemma Arterton, Anna Kendrick, Jacki Weaver. Musique: Olivier Bernet. Genre: Comédie, Thriller. Pays d’origine: USA, Allemagne. Durée: 1h43.

Monsieur Scientas’Hic

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Une réflexion sur “[Critique] « The Voices » : C’est grave, docteur ?

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