[Critique] « It follows » : ça s’en va et ça revient

Souvenez-vous de vos premières expériences amoureuses, quand vous étiez encore adolescent(e). Oui, souvenez-vous de ces premiers moments délicieux. Bien, maintenant que vous avez ces images en tête, imaginez que votre copain/copine vous annonce, preuve à l’appui, qu’il vient de vous refourguer non pas un herpès, mais une sorte de malédiction. Une chose vous poursuivra désormais, jour et nuit, jusqu’à ce que vous la transmettiez à une autre personne, en couchant avec elle. Sympa comme rencard hein ? C’est ce que doit penser la jeune Jay, après son amourette avec le « charmant » Hugh, qui ayant mêlé l’utile à l’agréable, se débande tout simplement.

« It follows », réalisé par David Robert Mitchell (2014)

It follows Jay

Pas trop rassurée, Jay!

It follows est porté par l’excellente idée du scénariste et réalisateur David Robert Mitchell : une présence humaine mais monstrueuse se lance à vos trousses… en marchant. Oh, elle ne va pas très vite, c’est sûr. Mais elle est infatigable et ne s’arrête jamais. Une course-poursuite qui se perd forcément à l’usure… Le concept aurait put donner naissance à une histoire quelconque, mais le père Mitchell a l’intelligence de se reposer sur des personnages et acteurs crédibles (les adolescents crient évidemment, mais on est loin des bombasses/ play-boys ridicules) et de traiter sérieusement son sujet, en partant de la peur qui peut accompagner cette période de changement qu’est l’adolescence. Le film dépasse ainsi le cadre de l’horreur pure et simple, l’image du monstre transmis par rapports sexuels pouvant être interprétée de plusieurs façons.

Sa fonction principale reste néanmoins de faire peur. Un objectif pleinement atteint, une nouvelle fois grâce à son concept. La chose pouvant prendre différentes apparences humaines, le pauvre spectateur commence à la voir partout, dès qu’une personne marche vers Jay et ses amis. Mitchell s’en amuse et cadre habilement son image, peuplant régulièrement ses arrière-plans de silhouettes un peu troublantes. Il mise avec succès sur une tension permanente et une sobriété dans le gore et les effets spéciaux, renforcées par la musique très rétro et agressive de Rich Vreeland (aka Disasterpeace), un artiste qui a composé la bande-son de jeux vidéo, dont celle de Fez.

Jay et ses amis ne sortent pas indemne de l'horreur.

Jay et ses amis ne sortent pas indemnes de l’horreur.

La course-poursuite ne repose donc pas tant sur la vitesse que sur cette tension. Bien qu’elle soit haletante, elle se déroule sur un tempo peu élevé, y compris dans les scènes où la menace est plus proche. Ce qui débouche sur un drôle de paradoxe : l’horreur résulte de l’impression de danger continu, dans chaque minute du film. Mais, en même temps, elle manque de temps forts qui tranchent franchement avec le rythme trop régulier de l’action. De plus, l’intrigue en reste toujours au même point, et ne donne jamais l’impression d’évoluer, ce qui fait que les séquences paraissent presque toutes interchangeables. De fait le générique surgit par surprise et le climax passe inaperçu. La fin est un peu décevante, un peu trop facile et ce, peu importe la manière dont on l’interprète.

Il n’empêche qu’It follows est une histoire terrifiante. Il ne révolutionnera certes pas le genre, mais il contraste avec la surenchère actuelle, en privilégiant une peur de qualité à des sursauts en quantité. Si vous voulez inviter votre prochaine conquête au cinoche, vous l’impressionnerez sans nul doute par vos bons goûts cinématographiques. Après, il ne restera plus qu’à la convaincre que « non, ce n’est qu’un film, je t’assure, il n’y a aucun message caché là-dessous ! »

It follows. 2014. Réalisateur: David Robert Mitchell. Scénariste: David Robert Mitchell. Avec: Maika Monroe, Keir Gilchrist, Jake Weary, Daniel Zovatto, Olivia Luccardi, Lili Sepe. Musique: Rich Vreeland (Disasterpeace). Genre: Horreur. Pays d’origine: USA. Durée: 1h40.

Monsieur Scientas’Hic

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Une réflexion sur “[Critique] « It follows » : ça s’en va et ça revient

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