[Les Chroniques de Peck] Hommage à Tanith Lee

Le 24 mai dernier, Tanith Lee nous a quittés. Peut-être inconnue du jeune publique, cette brillante romancière britannique a connu la gloire avec sa saga de fantasy Le Dit de la terre plate, publiée entre 1978 et 1987. Pour ma part, c’est par son cycle La Saga d’Uasti que je l’ai connue. Cela fait quelques années que je l’ai lu; à défaut d’une critique, voici tout de même quelques mots à son sujet, en guise d’hommage.

Tanith Lee

Tanith Lee

Inspiré par l’effet Seigneur des Anneaux au cinéma, j’ai commencé à lire activement de la fantasy au début des années 2000. Vierge de toute référence, je me suis rendu chez un libraire où j’ai eu, je dois le dire, la main heureuse : mes premières lectures ont été (dans le désordre peut-être, je ne m’en souviens plus) Le Trône de Fer et l’Assassin Royal. En recherche d’autres cycles pour assouvir ma soif, je me suis laissé tenter par la quatrième de couverture d’un épais bouquin regroupant les trois tomes de la Saga d’Uasti. Moins avouable, la deuxième raison de mon attrait résidait dans la couverture aguicheuse, sur laquelle une femme nue semblait appeler mes hormones à la rébellion. Bref, à ce jour et malgré mon expérience actuelle, cette trilogie figure toujours parmi les œuvres les plus marquantes que j’ai pu lire.

« Née du feu d’un volcan, UASTI, la mystérieuse déesse voilée, va parcourir le monde des hommes la recherche de son destin. Tour à tour épouse de voleur ou de roi, guérisseuse, guerrière, sorcière, elle finira par comprendre le mystère de ses origines et se retirer de l’autre côté de l’océan. Mais elle a laissé derrière elle son fils, Tuvek, élevé par les barbares dans l’ignorance du secret de sa naissance. Lorsqu’il apprendra de qui il est l’enfant, Tuvek va jurer de se venger de cette mère qui l’a abandonné. Fort des pouvoirs magiques que son sang lui a transmis, il va lui aussi traverser les mers pour traquer sans relâche celle qu’il hait plus que tout au monde, sa mère, Uasti la sorcière blanche… » (résumé de La saga d’Uasti, éditions J’ai lu).

Dès le soir, je m’étais donc plongé dans cette histoire épique, mêlant religion, courses de char à la Ben-Hur, sexualité, vengeance et magie. Le premier tome est consacré à la « sorcière blanche » Uasti, une jeune femme au corps parfait mais dont le visage est d’une laideur repoussante. Après son éveil dans un volcan, elle se lance dans une quête identitaire. Les deux tomes suivants sont des récits de vengeance, au cours duquel le fils d’Uasti se met à sa recherche, tout en explorant l’héritage de ses parents.

Le premier tome de la trilogie s'achève de manière aussi abrupte qu'inattendue!

Les éditions « J’ai Lu » ont publié les trois tomes de la « Saga d’Uasti » en un livre.

A l’époque, je me souviens avoir été mitigé quant à ma lecture ; ce n’est qu’en relisant des années plus tard que j’ai compris pourquoi : Tanith Lee s’adresse plutôt à des adultes, pas par la violence ou la sexualité de son texte, mais par les réflexions qu’elle mène. La Saga d’Uasti est très loin de la simple fantasy de divertissement. Ses enjeux sont traités de manière si sérieuse que l’histoire semble réellement avoir eu lieu, dans un passé éloigné. Par exemple, la soif de vengeance et ses conséquences- thème très régulièrement exploité- est ici magnifié par le destin de Vazkor. La fin de chaque tome est marquant tant il est puissant. Le premier est également ponctué par l’un des plus invraisemblables deus ex machina que j’ai pu lire, en faisant intervenir des éléments de science-fiction. L’autre facteur qui explique sans doute ma première impression face à cette trilogie est le style d’écriture de Tanith Lee. Ses textes sont loués pour leur poésie mais celui-ci s’adresse également à un public avec un niveau de langage plus élevé. J’ai lu ici et là qu’il était un peu daté (1975-78). Peut-être est-ce le cas, mais je me souviens surtout d’une forte densité, d’un récit faisant la part belle à la description des péripéties, plutôt qu’à des dialogues. Peu importe, et même si ce n’est pas le bouquin le plus connu de la romancière, c’est à mes yeux une oeuvre d’exception, de la fantasy « intelligente » (mais pas rébarbative), dans le sens où elle aborde de nombreux thèmes (sans s’étendre sur 20 000 tomes) avec beaucoup de sérieux.

Tanith Lee n’est pas seulement un excellent écrivain de fantasy : en tant que femme, elle a ouvert la voie à des écrivaines actuelles. Elle fut entre autres la première femme à remporter, en 1980, le British Fantasy Award pour son roman Le Maitre de la mort. Un modèle qui disparait malheureusement trop tôt, à l’âge de 67 ans.

Peck

La Saga d’Uasti (The Birthgrave Trilogy)

  • La déesse voilée (ou Le réveil du volcan) (The Birthgrave), 1975
  • Vazkor (Shadowfire), 1978
  • La quête de la Sorcière Blanche (Quest for the White Witch), 1978

Le Dit de la terre plate (The Flat-Earth Cycle)

  • Le Maître des ténèbres (Night’s Master), 1978
  • Le Maître de la mort (Death’s Master), 1979- British Fantasy Award du meilleur roman
  • Le Maître des illusions (Delusion’s Master), 1981
  • La Maîtresse des délires (Delirium’s Mistress), 1986
  • Les Sortilèges de la nuit (Night’s Sorceries), 1987

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