[Critique] « Terminator: Genisys »: Papy fait de la résistance

Après avoir bouclé les évènements « pré-apocalyptiques », la saga Terminator devait débuter une nouvelle trilogie avec le 4e épisode, intitulé Renaissance (2009), qui se déroulait après l’avènement des machines. Les deux films suivants ne seront jamais réalisés : suite à des imbroglios juridiques, la franchise a été remise en vente et a terminé dans l’escarcelle de la productrice Megan Allison. Cette dernière a décidé de tout reprendre depuis le début. Six ans plus tard, le résultat est ce curieux Terminator : Genisys, à la fois remake, reboot et nouvelle exploration de l’univers créé par James Cameron.

« Terminator: Genisys », réalisé par Alan Taylor (2015)

Tout commence en 2029, lorsque John Connor, leader des hommes, est sur le point de vaincre l’intelligence artificielle qui a failli annihiler l’espèce humaine: Skynet. Pour sauver sa peau virtuelle, celle-ci a recours à une arme temporelle, et envoie un robot T-800 dans le passé, afin qu’il assassine la mère de John Connor, et empêche ce dernier de voir le jour. Celui-ci, au courant de ce qui se trame, envoie son meilleur élément, Kyle Reese, pour protéger sa mère. Mais arrivé dans le passé, le brave soldat se rend compte que rien ne se passe comme prévu ! Sarah Connor sait qu’il va arriver, et la jeune femme fragile qu’il est censé protéger s’avère être une guerrière aguerrie, entrainée par un… Terminator ! Le passé semble avoir changé, et un futur différent est en marche… pour le meilleur? Ou pour le pire ?

Terminator Genisys Sourire

Dans ce Terminator: Genisys, l’humour est très présent. Ici, « Papy » sourit pour prouver à Kyle Reese son caractère amical.

Le début de ce synopsis évoquera sans doute aux connaisseurs Terminator, premier du nom. Si vous avez vu les bandes annonces, vous avez également dû repérer le T-1000. En l’espace de 45 minutes, ce Genisys résume les deux premiers volets de la franchise, en rejouant notamment certaines scènes presque à l’identique (la rencontre du T-800 avec les punks, par exemple). Une sorte de rappel synthétique pour les fans, avant que ne démarre la « vraie » nouvelle intrigue. Les scénaristes Laeta Kalogridis et Patrick Lussier ont plutôt bien joué le coup, parvenant à faire cohabiter des scènes iconiques (sans pour autant qu’Alan Taylor ne les mette en scène avec le brio de James Cameron) et des idées neuves, qui touchent parfois aux protagonistes, comme John Connor ou Schwarzinator le Terminator lui-même. Le vieillissement de celui-ci, qui n’augurait rien de bon, est finalement bien traité, puisque lié au vieillissement mécanique de la machine elle-même. Une des phrases symboliques de «Papy », comme le surnomme Sarah, est d’ailleurs « Vieux mais pas obsolète », lancée tantôt sérieusement, tantôt sur le ton de la rigolade. Oui, l’humour est directement emprunté au 3e épisode (Le Soulèvement des machines), et est plus présent que jamais. A l’instar de ce qu’il fait dans Expendables, Schwarzenegger surjoue volontairement et se moque de lui-même.

Les scénaristes ne se sont donc pas contentés de reprendre certains éléments de la franchise et de les passer paresseusement au mixeur ; ils s’appuient sur ses fondations pour explorer de nouvelles directions : la question de l’inévitabilité du destin est par exemple très présente à l’esprit de cette Sarah Connor. En conséquence, les personnages se voient fortement modifiés, et les relations entre eux sont profondément bouleversées: le T-800 (Arnold Schwarzenegger) est plus éloigné que jamais de son statut de machine à tuer, Sarah Connor (Emilia Clarke) est plus forte, mais refuse ce destin de « mère du héros », Kyle Reese (Jai Courtney) n’est plus le protecteur de Sarah, il en est le protégé. Quant à John Connor (Jason Clarke) …surprise ! Certains choix scénaristiques feront hurler une frange importante des fans (l’esprit originel n’y est plus vraiment, malgré le soutien de James Cameron), comme le sort réservé à John Connor. Mais pris pour lui-même, le résultat est pourtant plaisant, à la fois amusant et musclé. Suffisamment pour qu’on ferme les yeux sur les incohérences et les trous narratifs non expliqués (mais d’où vient donc le Papy Terminator ? Réponse dans l’épisode suivant ?).

En voulant intégrer beaucoup trop d’évènements dans le récit, Terminator : Genisys ne prend pas le temps de développer certains aspects pourtant intéressants (John Connor, le projet Genisys, à peine mentionné). De plus, il s’embourbe et perd également en efficacité. Alors que le film est composé à 95% d’action, on n’a jamais l’impression que celle-ci prend de l’ampleur. On assiste à un flot presque continu de « petites » scènes d’action, toutes divertissantes, mais pas pour autant mémorables. Le rythme, très soutenu, aurait mérité quelques temps de pause, histoire de reprendre son souffle et de mieux apprécier la suite. Visuellement, le film est correct, mais ne tient pas toujours la route, avec quelques effets poussifs (la tête numérique du « jeune » T-800 : c’est toujours mieux que l’immonde visage de Renaissance, mais le résultat laisse encore à désirer). La mise en scène d’Alan Taylor (Thor : Le Monde des ténèbres, Game of Thrones), tout aussi neutre que la musique de Lorne Balfe, fait le boulot, mais sans plus.

Depuis Terminator 2, chaque épisode met en scène son affrontement entre machines.

Depuis Terminator 2, chaque épisode met en scène son affrontement entre machines.

Difficile de ne pas comparer (un peu) ce film à ces ainés, puisqu’il y fait référence, comme si ces derniers existaient vraiment, dans une autre temporalité. C’est l’occasion de faire remarquer que si la référence qu’est Terminator 2 : Le Jugement dernier fonctionne si bien, c’est parce qu’elle est construite sur un concept simple et limpide, qui débouche sur une course-poursuite passionnante, menée par des personnages tous inoubliables. Et voici précisément le problème de ce Genisys : très, trop gourmand, il se veut à la fois épisode- synthèse et nouveau départ. Sans se louper complètement, il se situe dès lors entre les deux et manque par moments d’efficacité. A force d’insister sur les voyages temporels, il attire lui-même l’attention sur ses incohérences. Néanmoins, il est une bonne surprise et s’avère supérieur aux épisodes 3 et 4. Malgré tous ses défauts, il joue à merveille son rôle de divertissement grand public : drôle et nerveux, il s’apprécie, pour autant qu’on accepte que la franchise adopte un positionnement plus familial. Si les deux suites prévues (qui, pour le coup, risquent de provoquer l’overdose…) ne se réalisent pas faute de succès, ce Terminator : Genisys pourrait faire office de conclusion honorable à la saga. La fin, inédite, semble curieusement taillée pour.

Terminator: Genisys (Terminator Genisys). 2015. Réalisateur : Alan Taylor. Scénaristes: Laeta Kalogridis, Patrick Lussier. Avec : Emilia Clarke, Arnold Schwarzenegger, Jai Courtney, Jason Clarke. Musique: Lorne Balfe. Genre: Action, Science-fiction Pays d’origine : USA. Durée : 2h26.

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Monsieur Scientas’Hic

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5 réflexions sur “[Critique] « Terminator: Genisys »: Papy fait de la résistance

  1. Un très bon article et qui dit bien ce que j’ai ressenti en voyant le film!
    Je ne savais pas que c’est parce que la licence avait été rachetée qu’on avait eu droit à ce pseudo reboot, je comprends mieux!

    • Merci! Pour les droits de Terminator, c’est assez compliqué comme histoire: en 2019 ou 2020, les droits retourneront à… James Cameron! Du coup, les détenteurs actuels de la licence doivent sortir toute la trilogie d’ici là (si le succès est au rendez-vous). Maintenant, je ne suis pas sûr que s’il n’y avait pas eu ces soucis, les deux films qui devaient suivre Terminator Renaissance auraient été réalisés. Le film a été tout juste rentable, ça n’a pas été un si gros succès que ça.

  2. La bande-annonce ne m’a pas emballée, parce que je me posais déjà la question de l’origine de ce Terminator dans le présent. Alors s’il n’y a pas de réponse, ça va déjà m’embêter 😛 Après, Terminator, ça n’a jamais été le sommet de la cohérence, mais j’ai l’impression que plus on avance, plus on se perd.

    En fait, je trouve dommage tout ce qui est arrivé à la franchise. Même si Renaissance était décevant, au point où on en était, c’était à celui-là que j’aurais voulu voir une suite, dans le sens où les 4 premiers films se suivaient plus ou moins logiquement.

    Du coup, je n’attendais rien de ce nouveau film. Je n’avais même pas prévu d’aller le voir. Mais ta critique me rassure un peu. S’il y a du bon à en tirer, je ferai peut-être un détour dans les salles obscures (ou au pire, je finirai bien devant le DVD un de ces quatre).

    • Pour moi les « vrais » Terminator, ce sont ceux de Cameron, et depuis le 3, c’est sûr que ce n’est plus vraiment le même esprit. Et surtout, comme tu le dis, à force de toujours refaire revenir Skynet, ça finit forcément par devenir n’importe quoi. Il n’y aurait jamais dû y avoir de suites pour moi.

      En voyant les bandes annonces, j’étais moi-même assez scandalisé, j’ai été le 1er surpris à avoir apprécié le film. Mais bon, il faut prendre du recul par rapport aux deux premiers films si tu veux l’apprécier je pense. Encore une fois, faut le prendre un peu à la « Expendables »

  3. Pingback: 2015: le bilan cinéma! | Scientas'Hic

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