[Critique] « Total Recall » (autobiographie) : L’Evangile selon Saint Arnold

Total Recall autobiographieL’élection d’Arnold Schwarzenegger au poste de Gouvernator de Californie n’a pas seulement été un drame pour tous les fans, qui durent se résigner à ne plus voir leur acteur fétiche dézinguer à tout- va, elle a aussi provoqué beaucoup de questions, d’incompréhensions et de railleries : pourquoi l’ex-culturiste et (désormais ex-) acteur se lançait-il dans la politique ? Que cherchait-il à prouver ? Comment pouvait-il avoir les compétences nécessaires à ce poste ? Cet événement, soudain en apparence, est en fait une étape logique et peut-être inéluctable de sa vie. L’autobiographie Total Recall : L’incroyable et véridique histoire de ma vie permet de comprendre ce qui a mû Schwarzenegger, depuis son enfance autrichienne à son double mandat à la tête de l’Etat le plus riche des Etats-Unis.

Le culturiste, l’acteur et le politicien sont les trois visages publics de Schwarzenegger, c’est donc sans surprise que le livre les décrit, chapitre après chapitre. Le récit démarre logiquement avec sa jeunesse dans un village perdu d’Autriche, au lendemain de la seconde guerre mondiale. Des conditions de vie difficiles qui expliquent son rêve de gloire et de richesse, incarné par le métier d’acteur à Hollywood. Atteindre le sommet du culturisme est un objectif en lui-même, mais apparaît comme un moyen d’atteindre son but artistique. Schwarzenegger a des prédispositions génétiques qui ont fait de lui un tel champion, mais on se rend compte qu’il a construit son succès par sa motivation et par sa discipline : très pragmatique, il se fixait des objectifs concrets et précis qu’il consignait sur papier. Comme dans tout parcours heureux, il y a une part de chance, mais l’homme s’est souvent créé ses propres opportunités, à force d’abnégation et de travail : une vraie leçon.

Schwarzy est un "monstre sacré" dans l'histoire du cultirisme

Schwarzy est un « monstre sacré » dans l’histoire du cultirisme

Cette autobiographie met également en valeur les compétences d’entrepreneur de Schwarzy : bien avant de toucher son premier cachet de 1 millions de dollars (un objectif qu’il s’était fixé), il s’était déjà enrichi, grâce à son flair dans l’immobilier. Une part de l’argent investi provenait de leçons de musculation qu’il vendait sous forme d’articles. Un vrai businessman. Tous ces succès intermédiaires lui ont permis d’accéder à son objectif ultime : devenir un acteur phare d’Hollywood. Outre quelques anecdotes croustillantes, Total Recall s’attarde sur l’engagement de l’acteur dans la promotion de ses films. Selon ses dires, l’interprète de Conan s’est véritablement donné corps et âme au 7e Art.

De ce parcours victorieux découle l’amour que Le Chêne autrichien éprouve pour les USA : il est le symbole même du rêve américain, l’immigrant parti de rien et qui atteint les sommets. Comme il n’aura de cesse de le répéter, tout est beaucoup plus simple là-bas : créer son entreprise, entreprendre,… Ainsi s’explique son orientation républicaine, dans un milieu plutôt démocrate. Etape par étape, le lecteur découvre comment Schwarzenegger est entré dans le monde politique : c’est une nouvelle fois le culturisme, et plus généralement sa volonté de promouvoir le sport, qui l’amènera à s’engager dans une cause politique (l’appartenance de sa femme au clan Kennedy a beaucoup aidé aussi). C’est après avoir longuement étudié le milieu (il était très proche de Bush père) et avoir mûrement réfléchi qu’il se lancera le défi d’être gouverneur. Que l’on soit d’accord ou pas avec lui, il faut reconnaître que le bonhomme n’est pas un politicien du dimanche, il a une vision réfléchie, qui fait d’ailleurs de lui un centriste, plutôt qu’un républicain.

Le "Gouvernator" à la tribune!

Le « Gouvernator » à la tribune!

Mais le plus important dans Total Recall est sans doute ce qui peut être lu entre les lignes. Derrière une carrière indéniablement marquée du sceau de la réussite, il y a un homme, modelé à la fois par son origine autrichienne et sa vie américaine, et dont le comportement l’éloigne de sa facette action hero: devant être opéré du cœur, Schwarzenegger décide de ne pas prévenir sa femme pour ne pas l’inquiéter, tout en s’imaginant qu’il pourra revenir chez lui le lendemain comme si de rien n’était. Une naïveté touchante qui rappelle celle de Julius, le personnage qu’il incarne dans Jumeaux !

L’autobiographie, écrite dans un style simple et très direct, s’avère donc passionnante à lire. Même si l’on n’est pas fan du culturisme par exemple, Schwarzenegger le décrit de manière intéressante, en démontant nombre de préjugés au passage. Bien sûr, on gardera à l’esprit que cette vision officielle accentue probablement les évènements qui donnent sens à sa vie. Sorte de testament, elle a pour objectif de faire ressortir le meilleur de Schwarzenegger. Certains échecs, comme ceux qui ont marqué la fin de sa première carrière d’acteur, avant son élection, sont à peine mentionnés. S’il n’élude pas ses faux-pas politiques et n’hésite pas à faire son mea-culpa, il termine toujours sur une note positive. Et bien qu’il ne passe pas non plus sous silence l’adultère qui a mené à la séparation de son couple, il choisit ses mots avec attention, pour ne pas s’enfoncer plus que nécessaire. On comprendra tout de même qu’il ne s’attarde pas trop sur un événement qui relève de sa vie privée et qui était très frais à l’époque. Il parle d’ailleurs de son espoir que la situation s’arrange…

De la même manière que la vie de Schwarzenegger ne se limite pas à ses performances dans des films d’action, cette autobiographie n’a pas de valeur que pour ses fans. Bien sûr, Total Recall éclaire sa carrière d’acteur, mais il expose surtout sa « philosophie » de vie et les principes qui lui ont permis d’atteindre les sommets. De la discipline, une capacité à saisir sa chance, du travail, encore et encore, une foi inébranlable en ses compétences : voilà comment Schwarzenegger a bâti ses succès.

Total Recall : L’incroyable et véridique histoire de ma vie, par Arnold Schwarzenegger (en collaboration avec Peter Petre). 2012. Editions de Noyelles.

Monsieur Scientas’Hic

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