[Critique] « La Planète sauvage »: quand les hommes gouvernaient la Terre…

L’Homme a (plus ou moins) soumis sa planète, il s’est auto-proclamé maitre de la Terre et a domestiqué bien des animaux… Mais s’il n’était plus qu’une espèce parmi tant d’autres, vivant, tel un chat ou un chien, comme animal de compagnie ? C’est la position des « Oms », importés sur la planète Ygam par les Draags, géants bleus à la civilisation avancée. Terr, fils d’une Oms sauvage tuée par de jeunes Draags au cours d’un jeu, est recueilli par Tiwa et devient son fidèle compagnon. Par accident, il acquiert peu à peu le savoir de cette race dominante et retourne vers les Oms sauvages, avec lesquels il veut rebâtir une société intelligente.

« La Planète sauvage », réalisé par René Laloux (1973)

Terr, un Oms pas comme els autres

Terr, un Oms pas comme les autres

C’est par une scène troublante que débute cette œuvre atypique : dans un environnement étrange et coloré, une femme fuit des mains géantes, qui se jouent d’elle. Ces mains sont celles d’enfants extra-terrestres et, pourtant, elles évoquent d’emblée les nôtres, lorsque nous nous amusons d’insectes ou de petits animaux. La Planète sauvage démontre d’emblée sa capacité à faire réfléchir par l’image. Bien avant d’envoyer les premières lignes de leurs dialogues, René Laloux et Roland Topor dévoilent ainsi l’énorme potentiel de leur oeuvre. La science-fiction est ici vecteur de réflexions, l’écran agissant comme un miroir qui nous renvoie à nos actions, sans jamais nous accuser ouvertement.

Le message prime sur la narration et, par ce choix, La Planète sauvage se rapproche davantage de la parabole que du film classique. Ce qui est important, ce sont les scènes-clés ; le reste peut être résumé par la voix du narrateur, qui s’empare régulièrement de l’espace sonore. Une très belle voix d’ailleurs, que celle de Terr (Jean Valmont)! Intéressant, le récit repose tout de même sur un équilibre instable, entre une première partie un peu longue et une conclusion un peu trop hâtive. Le « milieu », lui, n’existe pas vraiment. Les vingt à trente minutes manquantes auraient permis aux spectateurs de mieux entrer dans l’histoire.

Les Oms sauvages se révoltent!

Les Oms sauvages se révoltent!

Et tandis que les Draags consacrent leur temps à la méditation, le public se livre à la contemplation de ce monde étrange, dont la faune et la flore figurent parmi les plus exotiques du répertoire cinématographique. Des spécimens puisés dans l’imaginaire de Stefan Wul (auteur du roman Oms en série) et mis en image par deux grands messieurs du dessin et de l’animation français : Roland Topor et René Laloux (Les Maîtres du Temps). Le duo a recours à la technique du « papier découpé ». Celle-ci fige les scènes et les transforment en tableau. L’orientation, choisie pour des raisons esthétiques et économiques, contribue à la beauté du métrage, mais peut aujourd’hui paraître désuète. Elle ralentit également un peu plus le tempo du film, en limitant les mouvements à l’intérieur des plans. Une autre étrangeté de La Planète sauvage ! Alors qu’elle est trop courte, elle parait un peu trop longue ! Pour rompre l’immobilité de son récit, René Laloux a néanmoins recours à un atout de choix : la musique psychédélique d’Alain Goraguer ! Indéfinissable, elle est un voyage vers une autre galaxie à elle seule !

La Planète sauvage est une expérience cinématographique saisissante de par son animation, sa musique et le message qu’elle véhicule : rarement un film a transporté ses spectateurs si loin de leur astre d’origine ! Une œuvre expérimentale qui compte ses défauts (c’est un peu verbeux et longuet par moments tout de même !) mais qui doit être vue. On ne s’étonnera pas que le festival de Cannes, ne sachant que faire de ce bout de pellicule venu d’ailleurs, lui ait attribué un Prix spécial en 1973 !

La Planète sauvage. 1973. Réalisateur : René Laloux. Scénaristes : Réné Laloux et Roland Topor. Acteurs (voix) : Jean Valmont, Eric Baugin, Jennifer Drake, Jean Topart. Musique : Alain Goraguer. Genre : Drame, Science-fiction, Animation. Pays d’origine : France, Tchécoslovaquie. Durée : 1h12.

Monsieur Scientas’Hic

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