[Critique] « Star Wars: Le Réveil de la Force »: quand la Menace fantôme de Disney pèse sur le Nouvel Espoir des fans…

Souvenez-vous de ce séisme dans la Force, lorsque en octobre 2012, Disney rendit public le rachat de la franchise et, dans la foulée, la mise en chantier d’une suite. A l’époque, moqueries et scepticisme avaient accueilli les futures « aventures de Mickey Mouse dans l’espace ». Et pourtant, trois ans plus tard, Star Wars Episode VII est devenu le film le plus attendu de ce XXIe siècle. La folie collective, alimentée par une campagne de promotion parfaite, a pu se déverser dans les salles ce 16 décembre.

« Star Wars, Episode VII: Le Réveil de la Force », réalisé par J. J. Abrams (2015)

Le Réveil de la Force introduit de nouveaux héros...

Le Réveil de la Force introduit de nouveaux héros…

Il y a un peu plus de dix ans, la Force devait trouver le repos cinématographique : selon les dires de George Lucas, La Revanche des Sith bouclait la boucle, en racontant comment Anakin Skywalker sombrait du côté obscur et devenait Dark Vador (avant de trouver la rédemption dans Le Retour du Jedi). Mais on le sait, Lucas a beaucoup changé d’avis depuis les premières versions de son space opera : au moment où il signa le contrat le déchargeant de son œuvre, il remit également ses notes concernant une nouvelle trilogie. Celles-ci seront finalement écartées pour laisser la place au synopsis que vous connaissez tous : 30 ans après la chute de l’empire, une nouvelle république a été bâtie. Son bras armé, la Résistance (ex Alliance rebelle) poursuit son combat contre le Premier Ordre, vestige de l’empire. Luke a disparu, mais le maitre Jedi est recherché par les deux camps, et plus particulièrement par l’antagoniste Kylo Ren. Alors que, justement, une piste sérieuse est découverte, la Force somnolente se réveille. Une jeune femme solitaire, Rey et un stormtrooper renégat, Finn, y sont aspirés. Une nouvelle génération de héros prend son envol…

Un réalisateur et un producteur ont-ils jamais eu plus de pression que J.J. Abrams et Kathleen Kennedy ? Ce Réveil de la Force est le film de tous les dangers : épisode charnière, il doit faire le pont entre plusieurs générations de fans et d’acteurs, tout en enrôlant de nouveaux spectateurs padawans dans l’aventure. Cette menace fantôme ne change rien à l’émotion que l’on peut ressentir en visionnant le film, mais elle pèse sur ce dernier depuis sa genèse, et elle éclaire bien des choix quant sa direction scénaristique et artistique.

... Sous l'oeil attentif des anciens!

… Sous l’oeil attentif des anciens!

Disney et ses scénaristes (aux rangs desquels figure Lawrence Kasdan, largement mis en avant en tant qu’auteur du bien- aimé L’Empire contre-attaque) ont pris le parti de reprendre le scénario d’Un Nouvel Espoir, en y ajoutant quelques variantes. En conséquence, un sentiment de déjà-vu enveloppe ce Réveil de la Force. Pourquoi faut-il nécessairement une planète désertique, un robot détenant un message capital ou encore une scène dans une sorte de bar où se mêlent d’étranges espèces alien ? Devait-on revoir les mêmes batailles et les mêmes menaces ? Des clins d’œil et références aux épisodes précédents étaient attendus, mais ceux-ci prennent tellement de place qu’ils écrasent le récit. Ce recyclage permanent ne serait pas aussi problématique s’il s’insérait dans une intrigue bien construite. Malheureusement, l’histoire est bancale et est faite d’improbables coïncidences, telles que le retour d’Han Solo. Y voir une volonté de la Force est bien trop facile… Le scénario semble caler aussi souvent que le Faucon Millenium, avant d’entrer dans l’hyperespace et de se retrouver à un endroit incongru, loin de son point d’origine. Des personnages apparaissent et disparaissent dans l’indifférence générale, ou sont introduits inutilement. A ce sujet, le Capitaine Phasma remporte le titre d’arnaque de l’année. On a beau se répéter que cet épisode pose les bases d’une trilogie et qu’il a forcément beaucoup de choses à dire, son côté foutraque est déplaisant. Et surtout, il ne peut justifier le manque d’ampleur cruel lors des scènes dramatiques censées être intenses. Les révélations sont balancées avec une platitude effarante, comme s’il fallait s’en débarrasser au plus vite.

Bien entendu, Star Wars n’a jamais brillé par la force de ses scénarios, la réplique culte de Dark Vador mise à part. Mais c’est là que Disney a fait une grossière erreur d’appréciation : Lucas a pu se permettre cette faiblesse parce qu’il apportait, dans les années 70, un univers inédit. Quant à la préquelle, mise au bûcher pour ses faibles intrigues (plus particulièrement La Menace fantôme), elle développait énormément la mythologie Star Wars. Au contraire, Le Réveil de la Force démythifie la saga et ses personnages emblématiques, qui ne méritaient pas un tel traitement dramatique. A nouveau, cette critique devra être mise en perspective avec les épisode VII et VIII : en effet l’œuvre de J.J. Abrams sème quelques graines prometteuses qui seront récoltées par la suite. Malgré leur manque de charisme, les nouveaux protagonistes montent progressivement en puissance, avant de dévoiler des facettes enthousiasmantes dans la deuxième moitié du film. C’est particulièrement le cas de Rey et Kylo Ren (probablement le personnage le plus torturé de la franchise) dont les trajectoires respectives et l’opposition annoncent des scènes mémorables. On n’en dira pas autant de Finn, actuellement relégué au rang de bouffon intergalactique, et de Poe Dameron, le-meilleur-pilote-de-la-galaxie-dont-on-ne-voit-jamais-les-exploits.

Kylo Ren, un homme obscur qui voue un culte à Dark Vador

Kylo Ren, un homme obscur qui voue un culte à Dark Vador

Heureusement, Le Réveil de la Force peut compter sur certaines séquences d’action spectaculaires, comme la course-poursuite entre le Faucon Millenium et des Tie-Fighters, entraperçue dans les bandes-annonces. J.J. Abrams apporte de nouvelles idées de mise en scène et adopte un style beaucoup plus immersif que les réalisateurs précédents. Dans les plans d’ouverture, nous débarquons au côté des soldats pour mener un raid sur Jakku, avec une approche similaire à celle d’un film de guerre moderne ou d’un jeu vidéo. Un réalisme déconcertant de prime abord, qui apporte de la nuance à l’univers manichéen de Star Wars. Naturellement, il est toujours et avant tout question de l’affrontement entre le bien et le mal, mais des zones grises apparaissent, et c’est tant mieux. Bien que l’histoire ne soit guère emballante, il faut donc admettre qu’on ne s’ennuie jamais : les péripéties alternent avec des scènes de dialogues que l’on suit toujours avec attention, dans l’attente d’une révélation intéressante.

Que penser de métrage tant attendu ? Si l’on ne tient pas compte des autres épisodes et de la mythologie Star Wars, le film de J.J. Abrams est moyen: c’est un blockbuster divertissant qui se regarde sans déplaisir, mais sans émerveillement non plus. Au vu des attentes, oui, il est décevant, et pas qu’un peu. Ce qui frappe particulièrement, c’est son manque d’ampleur. Même John Williams, qui avait pourtant su rendre inoubliable La Menace fantôme avec son Duel of the Fate, s’est un peu éteint. C’est d’autant plus étonnant qu’on ne peut douter de l’enthousiasme de toute l’équipe du film. Néanmoins, ce septième opus annonce de très belles choses. Comme nous l’avions pressenti dans notre Cinémag #7, Le Réveil de la Force est un épisode de transition. L’objectif principal de Disney était de contenter les fans, ce qui est évidemment tout à fait honorable de sa part, mais la compagnie aux grandes oreilles est tombée dans le piège du fan service : paralysée par la peur de revivre le traumatisme de la préquelle, elle a décidé d’opter pour une sorte de remake des épisodes 4, 5, 6, sous couvert de « respecter l’esprit de Star Wars ». Dans sa conception, Le Réveil de la Force fait penser à la saga Expendables, dont les films, en soit tout à fait banals, font mouche parce qu’ils répondent à un fantasme bien particulier. Celui de cet épisode 7 était notamment de voir Solo, Organa et Skywalker à nouveau à l’écran. Un désir habilement créé par Disney, puisqu’il n’existait pas avant octobre 2012. Maintenant que les fans sont « rassurés » et rassasiés, elle va pouvoir donner une orientation nouvelle à la franchise et explorer de nouvelles facettes de la Force, en se libérant davantage de l’héritage de George Lucas. Le meilleur est à sans doute à venir, alors, puisse la Force inspirer des récits plus audacieux !

Star Wars, épisode VII: Le Réveil de la Force (Star Wars Episode VII: The Force Awakens). 2015. Réalisateur : J.J. Abrams. Scénaristes : J.J. Abrams, Lawrence Kasdan, Michael Arndt. Acteurs  : Daisy Ridley, John Boyega, Oscar Isaac, Adam Driver, Domhnall Gleeson, Harrison Ford, Carrie Fisher, Mark Hamill, Gwendoline Christie. Musique: John Williams. Genre : Science-fiction, Space opera. Pays d’origine : USA. Durée : 2h05.

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Monsieur Scientas’Hic

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