[Critique] « La Ferme des Animaux »: un cirque tragique

Le recours à des animaux pour incarner les affaires humaines est courant. En se basant sur les traits de caractère qui leur sont habituellement prêtés, les auteurs peuvent faire passer leurs messages de manière imagée. On pense notamment aux célèbres Fables de La Fontaine. L’un des exemples (modernes) les plus puissants nous a été fourni par George Orwell. Trois ans avant son célèbre 1984, fondé sur les régimes totalitaires, il livre une critique incroyablement précise du Stalinisme, sous la forme d’une allégorie.

« La Ferme des Animaux », de George Orwell (1945)

Même si l’on ne connaît pas les motivations de l’auteur au préalable, la lecture de La Ferme des Animaux ne laisse aucun doute quant à la portée critique de cet ouvrage. Imaginez les animaux d’une ferme se révolter contre l’homme qui les exploite. Ensemble, ils décident que toutes les bêtes seront égales. Cochons, vaches, chevaux, volailles, etc. travailleront tous ensemble et selon leur force pour créer un havre. Tandis que les années passent, l’idéal est récupéré et manipulé par une nouvelle caste, grisée par le pouvoir…

La ferme des animauxOrwell a dépeint les grandes lignes de la révolution russe de 1917, la lutte de pouvoir au sommet de l’appareil soviétique, avant la mise en place du culte d’un chef. Ses animaux représentent des franges de la population et certaines personnalités (telles Staline, Trotski, Hitler ou encore Churchill). Comprenant parfaitement les tenants et aboutissants de la situation, l’auteur fait preuve d’une incroyable clairvoyance dans son analyse du Stalinisme et de la tournure que prendront les relations entre l’URSS et les puissances occidentales. Il faut rappeler que le texte a été écrit entre 1943 et 1944, avant la fin de la guerre et donc d’une meilleure connaissance du régime politique soviétique.

Alors que 1984 décrit dans les moindres détails la puissante machinerie totalitaire (en s’appuyant sur le nazisme et le stalinisme) pour en dépeindre l’horreur, La Ferme des Animaux prend le parti inverse : elle synthétise l’Histoire et ne conserve que ses grandes lignes. Loin d’être simpliste, cette allégorie démonte et démontre de manière concise, précise et claire les rouages du stalinisme ainsi que la récupération de la Révolution russe.

Mais le roman est bien loin d’un simple tableau de l’Histoire. Non, même s’il vise spécifiquement le régime stalinien, le texte est toujours d’actualité : il explique de manière accessible et efficace le fonctionnement de la propagande et le processus de manipulation des foules. La comparaison avec les classes politiques actuelles (partout dans le monde) est toujours valable: le maintien d’une caste au pouvoir, les mensonges répétés envers la population, etc.

En effet, le recours à la fable donne à cet œuvre un caractère intemporel, tout en lui donnant une puissance insoupçonnée. Ecrite dans un style très accessible et sur un ton faussement léger, voire naïf, La Ferme des Animaux est en réalité un traité de manipulation couplé à un livre d’histoire, dans un corps de prose. Un petit bouquin qui fait bien mieux que de nombreux (dis)cours, et qui a sa place dans toutes les bibliothèques du monde.

Monsieur Scientas’Hic

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s