[Les Chroniques de Peck] « Les Reliques de la Mort » : un dernier coup de chapeau

Cela ne vous a pas échappé, ce 31 juillet, la saga Harry Potter a connu son dernier épisode « littéraire » avec la publication du texte de la pièce Harry Potter et l’Enfant maudit. Enfin, si l’auteure ne change pas d’avis une nouvelle fois, naturellement ! En guise d’hommage, et à côté de l’expo actuellement installée à Bruxelles, je partage ici toute mon admiration pour le final de ce chef-d’œuvre de la littérature.

Si l’on dit souvent que le premier tome d’une saga est le plus « faible », puisqu’il doit installer l’univers, présenter les personnages et poser les bases l’intrigue, le dernier tome est tout aussi périlleux. Il marque la fin de l’histoire, qui  doit être porteuse d’une puissante charge émotionnelle et répondre aux attentes qu’elle a suscitées, tout en donnant une solution satisfaisante à toutes les questions posées (et ce, y compris pour une fin ouverte). Le dernier tome d’une saga est celui de tous les dangers, ses quelques centaines de pages peuvent amener à la joie la plus grande, mais aussi à la déception la plus intense.

Harry Potter et les Reliques de la Mort fait incontestablement partie de ces livres finaux qui couronnent une aventure magistrale. Et c’est d’autant plus fort que les attentes le concernant étaient énormes !

(Attention, spoilers !- Enfin, qui, aujourd’hui, n’a ni lu le livre, ni vu le film?)

Harry_Potter_et_les_Reliques_de_la_Mort_Harry_Potter_tome_7Ce que j’ai adoré 

  • La rupture de la structure narrative habituelle : jusque là, les récits de la saga s’organisaient autour d’une année scolaire à Poudlard et certaines caractéristiques se répétaient d’un tome à l’autre (par exemple : le professeur du cours contre les Forces du Mal jouait généralement un rôle important dans l’intrigue). Or cet épisode final s’écarte brutalement de cette « routine » : il s’agit d’un récit de fuite et de résistance, ponctuée par une bataille finale. Si l’on peut regretter quelques moments de flottement, ceux-ci sont largement compensés par un agréable sentiment de fraicheur ;
  • Le glissement du manichéisme des personnages vers une caractérisation plus nuancée : Les Reliques de la Mort nous montre certains personnages sous un angle complètement différent de ce à quoi nous étions habitués. Le point de vue sur ceux-ci changent beaucoup, parfois en bien, parfois en mal, mais tous paraissent plus complexes et donc plus intéressants. Si le côté clair de Rogue avait déjà été entrevu, et pouvait être attendu, la noirceur de Dumbledore envers sa famille, et le sombre avenir qu’il destinait à Harry sont une réelle surprise ! La famille Malefoy se voit elle aussi nuancée, dans le prolongement de ce que Le Prince de sang-mêlé annonçait.
  • La noirceur de ce tome, juste et équilibrée : le monde des sorciers est en guerre, et celle-ci s’accompagne nécessairement de souffrance et de mort. J. K. Rowling avait déjà tué des personnages par le passé (on pense à Cédric Diggory et surtout à des personnages emblématiques comme Sirius Black et Dumbledore), mais elle n’hésite pas ici, dès le début, à donner le ton : Hedwige et Maugrey, plus tard Dobby, Lupin, Tonks, Fred Weasley ou encore Colin Crivey : certains personnages de longue date, souvent très attachants, périssent et montrent toute l’horreur de la guerre. Toutefois, l’auteure ne tombe pas dans le massacre inutile, même si certaines disparitions sont très dures à accepter. Pour être tout à fait honnête, lors de ma première lecture, j’avais le sentiment d’une brutalité parfois gratuite. Avec le recul, Les Reliques de la Mort apparaît sans conteste comme le tome le plus sombre, mais il est, à mon sens, très bien équilibré.
  • Preuve est faite que Rowling avait bien pensé à tout depuis le début : tous les éléments amenés par les six tomes précédents trouvent ici une justification et tous s’intègrent parfaitement. Cela peut paraître logique, mais c’est loin d’être évident à appliquer, vu l’incroyable richesse du monde des sorciers. L’auteure n’avait plus rien à prouver en la matière, mais on ne peut que s’incliner devant une telle maîtrise !
  • La bataille de Poudlard, totalement épique ! Un mélange d’action, d’inattendu, de drame, de bravoure mêlant tous les personnages et toutes les races importantes de la saga ! Il y a ce moment de bravoure de Molly Weasley, tout simplement jubilatoire ! Le déroulement du duel entre Harry et Voldemort est également, à mes yeux, un chef-d’œuvre d’efficacité : un coup, un seul sortilège lancé par chacun des protagonistes et révélant leur nature profonde. A ce sujet, j’estime que l’équipe du film n’a absolument rien compris à la beauté et au sens de ce duel. Ou, peut-être, si, mais elle a préféré les sacrifier sur l’autel du spectaculaire. Certes, c’est impressionnant, mais ce duel ne servait pas à montrer que Harry était l’égal (en puissance) de Voldemort, il était là pour montrer pourquoi, en dépit de sa jeunesse et de sa faiblesse, il l’emportait sur le sorcier le plus puissant (bon allez, à ex-eaquo avec Dumbledore) qui ait jamais existé. 

Ce que j’ai regretté

  • La mention trop tardive des reliques de la mort. Vu leur importance, il est étonnant qu’elles n’aient jamais été mentionnées auparavant. Je n’ai pas relu le livre récemment, mais on peut, par exemple se demander pourquoi Voldemort s’est mis si tard à la recherche de la baguette de Sureau. Je pense qu’elles auraient dû être introduites au moins dans le tome 6, même si je comprends que la surprise concernant la cape d’invisibilité aurait échappé au tome final. Cette intrigue pourtant très importante surgit un peu de nulle part, et semble être résolue trop rapidement ;
  • L’amour comme bouclier : tout comme ses parents, Harry se sacrifie pour protéger ceux qu’il aime, et ce sacrifice accompli, ceux-ci sont à leur tour protégés de Voldemort (plus aucun de ses sortilèges ne tue, comme le dit Harry lors de son face à face). Dans ce cas, toute personne qui se sacrifie devrait offrir la protection aux siens… Bien sûr, Harry Potter est le héros, c’est normal qu’il soit spécial, mais je ne suis toujours pas convaincu ;
  • Puisqu’on en parle, Harry aurait-il « dû » mourir ? A l’origine, j’ai regretté qu’il ait survécu, me disant que Rowling n’avait pas osé aller au bout. Avec le recul, je trouve que le choix est bon. Par contre, autant l’explication de sa survie à l’Avada Kedavra me satisfait, autant la scène à la Matrix Reloaded avec Dumbledore me laisse perplexe. La réaction de Narcissa Malefoy me paraît également étrange, son raisonnement me semble toujours aussi alambiqué.

Harry Potter et Les Reliques de la Mort est une œuvre magistrale. Alors que beaucoup de « derniers tomes » laissent un goût de trop peu, celui-ci rend une copie presque parfaite : il répond aux questions qu’on se posait tout en apportant des révélations inattendues ; il n’élude pas les situations et confrontations attendues (depuis parfois trèèèès longtemps), mieux il s’y attaque avec brio. Non seulement Rowling ne déçoit pas les attentes, mais elle parvient en plus à surprendre à nouveau. On peut pinailler sur certaines choses (des faiblesses narratives, récurrentes à la saga par ailleurs), mais impossible de ne pas tomber d’admiration devant une œuvre appelée à traverser les décennies et les siècles !

Peck

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