[Interview] Manon Elisabeth d’Ombremont: au rythme des bea(s)ts [Partie II]

Après avoir découvert les univers de Manon Elisabeth d’Ombremont dans la première partie de l’interview, vous vous êtes sûrement demandé: « mais mais mais? Comment fait-elle pour inventer tout ça? » Ca tombe bien, c’est justement le sujet de cette seconde partie! Bienvenue dans l’atelier d’une écrivaine!

En bonus quelques questions sur ses goûts littéraires et sur l’influence- ou pas- de sa région sur son écriture!

Méthode d’écriture 

Quelle est ta méthode d’écriture, de manière générale ?

manon-elisabeth-ombremont-5Je n’en ai pas vraiment. Je lance une playlist qui me semble appropriée à ce que je suis en train d’écrire et je me laisse guider. Quant au travail en amont, comme je l’ai expliqué, une bonne partie passe à travers le rpg, pour prendre en main les personnages et les développer. Quand j’en suis au stade du roman, j’ai déjà « testé » pas mal de choses ! Quant au plan texte, j’ai déjà essayé d’en faire mais je ne m’y tiens jamais alors j’ai abandonné, j’y vais au feeling.

Méthode originale et plutôt efficace on dirait ! Au fait, quelle était ta playlist durant l’écriture de La chienne de l’ombre et du Nechtaànomicon ?

Alors pour La chienne de l’ombre, c’était un mix qui n’existe plus avec des morceaux du groupe CellDWeller, mais également les OST du manga Naruto Shippuden. Quant au Nechtaànomicon… J’ai un peu honte, mais c’était beaucoup du Britney Spears ou des musiques japonaises, comme the GazettE, Asian Kung Fu Generation, les BabyMetal.

Plus précisément, pour le Nechtaànomicon, l’écriture en épisodes a-t-elle bousculé ta méthode ? De quelle façon ?

Non pas vraiment, ou plutôt comme les épisodes étaient plus courts, je me laissais facilement emporter pour les conclure et je les écrivais en deux / trois jours, c’était assez déroutant intense, mais aussi vraiment stimulant.

Petit sondage : es-tu plutôt une Stephen King (un quota de pages par jour, 7/7J, quoi qu’il se passe) ou une G. R. R. Martin (qui écrit, disons, de manière moins systématique) ?

Tout dépend la période, mais je pense que globalement je suis plutôt une Stephen King, même si moi je fonctionne au quota de mots, ou de chapitre. Je m’impose minimum 1000 mots quand je suis en phase d’écriture, ou un chapitre, qui doit nécessairement dépasser les 1000 mots du coup.

Quand on te suit sur les réseaux sociaux, on a l’impression que tu écris très facilement, c’est presque de la magie ! Ne Rencontres-tu aucune difficulté ? Quelles sont-elles ?

J’ai une certaine facilité à l’écriture qui s’explique par le fait que je pratique le rpg textuel sur forum depuis une dizaine d’années, donc que j’ai l’habitude d’écrire quotidiennement, ça vient assez naturellement. Quand on fait la moyenne de mes réponses sur les forums, je fais facilement entre 2k mots et 4k par jour, ce qui est assez énorme en terme de quantité. Du coup, je n’ai que rarement des soucis pour écrire. Les seules fois où ça m’arrive, c’est parce que la scène sur laquelle je dois bosser ne rend pas comme je veux et j’ai parfois besoin de plusieurs jours pour comprendre où se situe le problème.

Tu pourrais nous décrire une scène qui t’a posé problème en particulier, sur La chienne de l’ombre ou Nechtaànomicon, et la manière dont tu l’as résolu?

Je me souviens d’une scène dans le Nechtaànomicon, celle où Nechtaàn « punit » Alek après qu’il lui a désobéi. Je n’arrivais pas à la rendre comme je le voulais, à la fois dure et érotique, j’ai dû la retravailler à plusieurs reprises jusqu’à comprendre ce qui clochait vraiment. Je la relisais, je réfléchissais, en changeant le style de musique sur ma playlist, puis en voyant que je bloquais, j’ai demandé de l’aide à mes deux bêtas et au final, ils ont mis le doigt sur ce qui me dérangeait. C’est bien de travailler avec deux personnes qui vous connaissent très bien, presque par cœur, et qui sont capables de me dire franchement « ça c’est de la merde, ça c’est une mauvaise idée » tout en me proposant une solution. Honnêtement, sans eux, mes romans seraient moins bons.

Je voudrais plus particulièrement parler de tes personnages (principaux), tous très sombres. Pour moi, le risque de ce genre de personnages, c’est de glisser dans la surenchère de la violence gratuite, voire de tomber dans la caricature. Or, avec Nechtaàn, tu as imaginé une créature dont c’est la nature même d’être violent, et d’y prendre du plaisir. Ce côté exubérant, tu le recherches clairement. Est-ce que, toi-même, tu as le sentiment que Nechtaàn peut tomber dans l’excès et aller trop loin ? Est-ce que tu t’es fixé des limites dans ce qu’il peut faire, ou au contraire t’autorises-tu tout (du point de vue de sa caractérisation)?

Manon Elisabeth d'Ombremont veille à ce que Nechtaàn, "héros" du Nechtaànomicon ne fasse pas (trop) de bêtises dans les salons littéraires.

Nechtaàn est scellé dans un corps qui n’est pas, disons, son premier choix.

C’est effectivement le risque de personnages comme Elcmar ou Nechtaàn : ils sont puissants, ils sont égocentriques, à leurs yeux rien ne doit et ne peut leur résister, du coup ils réagissent assez mal quand on leur tient tête tout en, paradoxalement, s’entourant de gens qui s’opposent plus ou moins à eux, puisque sinon ils n’y trouveraient aucun intérêt. Le « truc » c’est que j’ai tout fait pour ne pas tomber dans l’anthropomorphisme, si tu me permets le terme. Nechtaàn est un archidémon, pas un humain, donc il ne réfléchit pas selon nos termes culturels (c’est aussi un questionnement que j’essaie de faire passer dans mes écrits) et j’insiste bien là-dessus. Par exemple, pour lui, c’est normal d’utiliser Abygaël comme un objet. Pas parce que c’est une femme, rien avoir même, il se fiche totalement des sexes, mais il est égoïste, il veut l’accomplissement de ses propres intérêts avant le reste, ce qui est habituel ans sa culture. Comme son intérêt, c’est qu’elle accouche d’Elyon, il l’a enchaînée au pied du lit pour éviter qu’elle ne mette son futur corps en danger quand elle a refusé d’obéir. Pas parce que ça lui plaisait (enfin juste un tout petit peu pour cette raison), mais parce que c’est son pragmatisme naturel. Idem dans la scène de l’accouchement. Il a un côté sadique, c’est évident, mais c’est aussi une manière pour lui de montrer qu’il tient à elle. S’il s’en moquait autant qu’il le clame, il l’aurait laissée mourir à ce moment-là. Idem pour Aleksandr quand il lui désobéit par rapport à Ariel. Ces personnages sont plus profonds qu’ils n’en ont l’air au premier abord, mais ils sont naturellement plus violents, parce qu’ils ne sont pas humains, ils n’obéissent pas aux mêmes règles que nous, ils sont civilisés à leur façon. A Dis, le monde des démons, le comportement de Nechtaàn est normal, raison pour laquelle il trouve les humains ennuyeux et trop chipotant sur les détails. Quant à Aleksandr, certes il était humain avant, mais son apprentissage de vampire a duré très longtemps et il a été élevé par le Saigneur de l’Est, ce qui fera d’ailleurs l’objet d’une nouvelle bientôt.

C’est très intéressant ce que tu dis par rapport à l’anthropomorphisme, parce que Nechtaàn est scellé dans le corps d’un humain et Elcmar dans celui d’un être humanoïde. Qu’est-ce qui te pousse à les enfermer dans des êtres faibles et créer cette opposition entre un corps (plus ou moins) humain et une essence « autre » ?

C’est une excellente question à laquelle je n’ai pas vraiment de réponse à donner. Je trouve que c’est intéressant de confronter des personnages surpuissants, quasi divins, à la réalité de la faiblesse humaine mais c’est aussi un moyen de les garder sous contrôle. Sans les sceaux dans son corps, Nechtaàn serait capable de détruire Parys avec le rituel magique approprié, ce qui n’aurait pas grand intérêt pour ma trame narrative, et il n’aurait pas besoin de s’entourer de tous les personnages qui gravitent autour de lui. Même s’il est vexé de cette punition, il s’en amuse aussi, il voit ça comme des défis à relever et ça trompe l’ennui de son immortalité. Pour Elcmar, c’était une insulte doublée d’une punition, mais il possédait de toute façon une forme faërique (donc humanoïde) pour interagir en Faëry, avant son enfermement. C’est une manière de se rendre plus « réel » aux yeux de ceux qu’il créé même si ça peut paraître contradictoire, mais Elcmar n’a rien d’un dieu. Il faut plutôt le considérer comme un scientifique lunatique. Il se moque de dominer le monde, ce n’est pas son but. Là, il cherche à se venger, mais en période de paix, je ne lui donne pas un mois pour s’ennuyer . Puis ça permet aussi aux lecteurs de mieux s’identifier à eux, de voir que même des entités surpuissantes ont des travers, qu’on manifeste mieux via un corps humanoïde. Je prêche par anthropomorphisme physique au lieu de mental, en quelque sorte !

Des personnages comme Melyan et Elyalë (Légendes Faës : La chienne de l’ombre) sont moins extrêmes que Nechtaàn mais possèdent tout de même leur (grosse) part de noirceur et de souffrance. Pour les créer, puises-tu uniquement dans ton imagination, ou t’inspires-tu de personnes réelles ou légendaires?

Je pense que rien n’est jamais totalement inédit. On a tous nos influences, ce serait risible d’affirmer le contraire. Au niveau des Légendes Faës, les joueurs de World of Warcraft n’auront pas manqué de noter certains clins d’œil, voir ceux de League of Legends et Starcraft pour certaines apparences. Quant à la psychologie des personnages, je ne sais pas d’où elle me vient. Le plus souvent, je tombe sur un chanteur, un acteur, ou je regarde un clip (ça fonctionne aussi avec les mangas) et je me dis son apparence, son charadesign, m’inspire telle ou telle chose, et un personnage en découle, avec ses traits de caractère. Je me suis rendue compte récemment que j’étais très visuelle comme fille, raison pour laquelle j’apprécie souvent mieux une chanson en l’écoutant pour la première fois avec son clip vidéo, ça me donne des tas d’idées. Il y a quelques mois, j’étais dans un donjon marcheur du temps sur WoW avec un ami et ça m’a inspiré toute une histoire (que j’ai noté mais pas encore commencé à écrire) juste parce que le décor de l’instance a fait pop quelque chose dans mon cerveau. J’ai renoncé à comprendre comment mes neurones fonctionnent, j’avoue.

Manon en quelques questions littéraires

Quel est ton premier souvenir de Fantasy ?

Mon tout premier, je pense que c’est le film La communauté de l’anneau… Que j’avais détesté, parce que je l’ai vu très jeune et j’ai été traumatisée par la scène de Golum au Mordor. Drôle non quand on voit ce que j’écris maintenant ? Sinon mon tout premier livre de fantasy, ce doit être Harry Potter, si on le classe là-dedans, mais les classements éditoriaux, on sait ce que ça vaut parfois :’)

Qu’est-ce que tu lis (hors fantasy) ?

Je lis principalement de la SFFF, sinon j’adore les classiques littéraires du 19e siècle. Les écrits des décadents mais surtout des romantiques. Mon auteur préféré, c’est Alexandre Dumas.

Selon toi, quels sont les auteurs et œuvres et que tout lecteur « devrait » avoir lu ?

Harry Potter, le Comte de Monte-Cristo et les Trois Mousquetaires.

Quel est ton rêve en tant qu’écrivain(e) ?

Réussir à écrire une saga qui influera aussi profondément la popculture que l’a fait Harry Potter. Pas pour l’argent qui en résulte, mais pour la fierté de laisser une emprunte sur l’histoire littéraire.

La fantasy belge

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Manon Elisabeth d’Ombremont (à dr.) et L.A. Braun (à g.), autre auteure belge.

Tu es originaire de Liège, c’est bien ça ? Est-ce que tu es influencé par des éléments de folklore belge ?

Pas le moins du monde ! Je me tourne toujours vers la mythologie slave ou celtique, je place mes décors en France ou dans des univers alternatifs, je ne me sens pas très belge… Alors que la Belgique et Liège surtout ont un beau patrimoine, je ne le nie pas, simplement je ne m’en inspire pas.

Mon rêve de voir une gaufre de Liège démoniaque semer le chaos ne se réalisera donc pas :(. Par contre, est-ce que tu te documentes (sur la mythologie, sur les décors, etc.) ? Comment procèdes-tu ?

Hélas non… Quoi que ! Voilà une bonne idée de réincarnation pour Nechtaàn 😛 Je plaisante. Alors oui c’est évident que je me documente, comme tout bon auteur. J’ai la chance, de par mon statut universitaire, d’avoir accès aux bases de données académiques et ce, gratuitement, donc j’utilise beaucoup tous ces outils. Pour Bratva, mon roman qui se déroule dans un cartel russe, j’ai lu énormément d’articles de criminologues, auxquels j’ai eu accès par la bibliothèque de l’ULG mais qu’on ne trouve pas facilement autrement. J’en profite autant que je peux pour le moment ! Sinon je conseille aussi Google Scholar, qui a un tout autre algorithme que le google normal et qui peut vraiment aider pour ce type de recherches.

Est-ce que tu peux nous conseiller des auteurs du Plat pays ?

Il se trouve que oui ! Dans ceux que j’ai lu, je peux vous conseiller Aspi Deth, qui a un réel talent et écrit des histoires addictives. C’est de sa faute si je me suis remise à la mafia, d’ailleurs… Voyez aussi du côté de L.A. Braun, de Frédéric Livyns, qui écrivent dans les genres de l’imaginaire, la première place même son histoire à Bruxelles ! Et le second est mon voisin psychopathe préféré.

Propos recueillis par mail, décembre 2016.

Fin de la deuxième et dernière partie! Si vous êtes convaincus, laissez-vous tenter! 

Merci à Manon pour son temps et ses réponses! 

Liens

Site officiel : http://dombremont.com/

Profil Facebook : https://www.facebook.com/profile.php?id=100008452759249

Page Facebook : https://www.facebook.com/medombremont/?fref=ts

Twitter : https://twitter.com/MEOmbremont

Bibliographie

Cycles

  • Légendes Faës : La chienne de l’ombre [Tome 1], Les Editions Lancelot, 2015 + nouvelle édition numérique chez L’Ivre-Book, 2017
  • Légendes Faës : Le Déchu [Tome 2], L’Ivre-Book, 2017 [note: Parution après publication de l’article]
  • Nechtaànomicon, Saison 1, L’ivre-Book (en 6 épisodes puis en version intégrale), 2016

Romans indépendants

  • Bratva, Editions Sharon Kena, 2017 [note: Parution après publication de l’article]

Nouvelles

  • Lune de Miel, L’ivre-Book, 2016
  • Requiem de la Sorser’tan, L’ivre-Book, 2016
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2 réflexions sur “[Interview] Manon Elisabeth d’Ombremont: au rythme des bea(s)ts [Partie II]

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