« Dune », la folle histoire de l’espace [partie 3]: une série pour les gouverner tous ?

Après les échecs retentissants des adaptations cinématographiques, une mini- série est parvenue, presque sans faire de bruit, à porter à l’écran Dune. Moins populaire que l’essai avorté de Jodorowsky et que la boursoufflure de Lynch, la version du discret John Harrison propose une approche différente et plus littérale. Pour un mieux ?

Lire la première et la deuxième partie de notre cycle « Dune ».

Une adaptation fidèle

texte-3-dune-artworkMais d’abord, qui est ce John Harrison ? Artiste touche-à-tout, il est à la fois compositeur, musicien et réalisateur- scénariste, ainsi que producteur. Musicalement, on peut l’entendre sur l’anthologie horrifique Creepshow (1982) et sur Le Jour des morts-vivants (1984), troisième film de la « Saga des Zombies » de George A. Romero, avec qui il est bon ami (il apparaît d’ailleurs comme silhouette/ petits rôles dans certains de ses films !). Toujours dans le genre horrifique, Harrison produit la bande-son de plusieurs épisodes de la série TV Tales From the Darkside créée par… Romero !

Le succès de la série entraîne une adaptation cinématographique en 1990, pour laquelle Harrison recevra sa chance, cette fois en tant que réalisateur, grâce au producteur Richard P. Rubinstein (oui oui, celui-là même qui a essayé, jusqu’en 2011, d’adapter le livre au cinéma avec la Paramount !). Les deux hommes s’entendent et fonctionnent suffisamment bien ensemble pour s’attaquer à un défi herculéen, qu’ils mèneront à son terme en décembre 2000.

Spécialiste du format TV et des adaptations, Rubinstein s’est jusqu’ici particulièrement intéressé à Stephen King : outre qu’il a adapté certaines nouvelles de l’écrivain dans Creepshow, il s’est attaqué au Fléau, l’une des œuvres les plus populaires du Maître de l’épouvante. Fort de cette expérience, il s’empare des droits de Dune et s’engouffre dans la brèche.

Le résultat est cette une mini-série, composée de trois épisodes d’environ 90 minutes. « Environ », puisqu’il en existe plusieurs versions. Les deux principales sont la director’s cut de 295 minutes et la version écourtée à 265. Contrairement aux précédentes tentatives, l’ambition de cette adaptation s’incline devant la volonté de rester fidèle au matériau d’origine (du moins, en ce qui concerne les péripéties). Ainsi, globalement, on note peu de coupures ou de raccourcis. On y trouve même quelques ajouts qui, selon Harrison, servent à expliquer plus ouvertement ce que Frank Herbert ne faisait que sous-entendre. L’un des plus gros ajouts concerne la Princesse Irulan, qui prend ici une part active dans les intrigues politiques, alors qu’elle apparaît très peu dans le livre. Comme l’explique le réalisateur, ce developpement du rôle s’explique par sa plus grande présence dans Le Messie de Dune et Les Enfants de Dune (2e et 3e épisode du cycle). La série essaie également de rajouter quelques éléments de suspense et met davantage en avant l’intelligence de Paul.

La volonté de fidélité se retrouve dans l’esthétique du projet, dont la sobriété est en tout point opposée à l’extravagance du film de David Lynch. Dotée d’un budget de 20 millions de $ – ce qui peut paraître beaucoup, mais est en réalité peu pour un récit de SF d’une telle ampleur- la série doit ruser pour atteindre un résultat correct. Pas question de tourner dans un vrai désert, alors, vive les fonds mats ! Plus de quinze ans après, les effets spéciaux peuvent prêter à sourire (ah les lueurs bleues autour des yeux !), mais peu importe. Pas plus que les quelques erreurs de scripts ou incohérences. Non, de manière générale, il faut souligner la qualité de la série, qui s’est vue récompenser par un bon accueil critique et public, ce qui permettra à Harrison d’adapter en 2003 les deux tomes suivant en une seconde mini-série intitulée Les Enfants de Dune.

Non, ce qui importe, c’est ce choix, également à l’opposé de celui de Lynch. Là où le réalisaeur d’Elephant Man- sur ce point beaucoup plus « fidèle » au roman- avait opté pour une omniprésence des voix off jusqu’à la nausée (voir notre critique), Harrison et Rubinstein ont, eux, décidé de s’en passer complètement. Quelle solution ont-ils trouvé pour faire passer les pensées des personnages et leur développement intérieur ? A vrai dire, aucune. Il y a bien des scènes de dialogues ajoutées, mais on ne peut s’empêcher de penser que seule la pointe de l’iceberg a été sauvée.

Un idéal inaccessible?

texte-3-paul-et-chani« Mais… mais ? Ce type se plaint des voix off quand il y en a, et se plaint quand il n’y en a pas ? Jamais content ! », me direz-vous. Eh bien, c’est justement la première conclusion de cette longue chronique : à mon sens Dune est une œuvre inadaptable telle quelle, c’est-à-dire qu’il est impossible de reproduire, sur écran, toute sa richesse et sa complexité. En tout cas, de manière correcte. La densité du bouquin joue mais le plus gros écueil est l’expression de la Voix et de l’intériorité des personnages qui dans un cas (le film de Lynch) accable le spectateur par sa lourdeur et dans l’autre (la mini-série) le prive d’un niveau de compréhension par son absence. La littérature possède cet avantage sur le cinéma qu’elle peut pénétrer les pensées des personnages par le biais d’une « voix off » sans que celle-ci n’écrase le récit. Bien sûr, vous avez compris, je parle d’un avantage « naturel », ça ne veut pas dire que le cinéma ne sait pas le faire, mais cet élément est tellement fondamental dans l’écriture de Frank Herbert qu’aucun scénariste ou réalisateur n’est parvenu à le transférer sur support audio-visuel. Est-ce possible, étant donnée l’excellence de Dune ? Denis Villeneuve y parviendra-t-il ? C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Ensuite, et c’est la seconde conclusion, s’il faut adapter Dune, alors, il semble préférable de se diriger vers le format sériel. A l’instar d’un Game of Thrones (dans une certaine mesure), celui-ci semble être le seul à même de fournir au récit le temps et la place nécessaire pour son développement. A nouveau, il faut souligner les efforts d’Harrison et de Rubinstein qui ont montré, selon moi, la voie à emprunter. Or, Brian Herbert a confirmé l’implication de Denis Villeneuve dans le « projet de nouvelle série de films Dune ». Plusieurs films sont annoncés de même que, semblerait-il (prenez de grosses pincettes et accrochez-vous au conditionnel), une extansion de l’univers à la télé. Un film correspondra-t-il à un roman ? De nouveaux personnages, évènements, aventures apparaîtront-ils ? L’univers serait-il cohérent, ou les ajouts ne seront-ils qu’à visées commerciales ? Trop tôt, beaucoup trop tôt pour répondre à ces questions.

Quoi qu’il en soit, on souhaite du courage aux responsables du projet, ils en auront besoin !

Monsieur Scientas’Hic

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Une réflexion sur “« Dune », la folle histoire de l’espace [partie 3]: une série pour les gouverner tous ?

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