[Critique] « Le Jeu du Démiurge »

La Foire du Livre de Bruxelles, édition 2017, avait mis à l’honneur la littérature québécoise. L’occasion était trop belle de découvrir la SFFF de la Belle Province. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a du très bon par là-bas !

2901 – Calendrier universel terrestre
Les Éridanis, lointains descendants hermaphrodites des humains, ont entrepris de coloniser la Voie lactée en s’établissant de planète en planète. À bord du 
Lemnoth, ces posthumains de chair et de métal s’apprêtent à accomplir un nouveau saut interstellaire afin de fonder une autre colonie sur Selckin-2. Parmi eux, Nemrick, de la caste des Ludis, qui a intégré la mission afin de suivre l’amour de sa vie, le Techno Rumack, qui rêve de créer un milieu de vie idéal pour leurs descendants…


3045 – Calendrier universel terrestre
Plus d’un siècle après l’arrivée des Éridanis, de nombreuses cités s’éparpillent sur Selckin-2. Elles sont habitées par les Mikaïs, une race à mi-chemin entre 
homo habilis et homo sapiens créée par Rumack. Ce sont eux qui ont construit les prodigieux édifices de ces villes pourtant prévues pour des Éridanis.


Takeo habite Nagack, la somptueuse ville qui s’élève sur le flanc du mont Lemnoth. Comme ses congénères, il vénère les « Maîtres », mais ne s’en inquiète pas moins de la progression du 
Mal de Rumack qui les condamne à sombrer dans la sauvagerie s’ils ne reçoivent pas l’aide des arbres-machines. Pendant que des rumeurs de guerre se propagent dans la ville, Takeo cherche à sauver son grand-père de la régression. Mais une rencontre fortuite avec le fantôme de Rumack fera de lui la pièce maîtresse d’un jeu qui a débuté bien avant sa naissance, celui du Démiurge !

« Le Jeu du Démiurge », écrit par Philippe- Aubert Côté (2015)

La quatrième de couverture (impressionnante par sa longueur, n’est-ce pas ?) est nécessaire pour exposer l’intrigue et le contexte du Jeu du Démiurge. Elle met en avant la richesse de l’univers imaginé, ou plutôt spéculé par Philippe-Aubert Côté, qui a rédigé son premier roman parallèlement à son doctorat en bioéthique (sa thèse portait sur les nanotechnologies). Sans que le propos ne soit jamais lourd ou rébarbatif sur le fond, le jeune auteur apporte une crédibilité scientifique à son oeuvre, malgré le caractère étrange des Eridanis. Il place au cœur des évènements de son livre des questions qui agitent la communauté scientifique et notre imagination, comme le développement des I.A., les manipulations génétiques ou encore l’évolution de l’homme par la technologie.

Avec sa symbiose entre métal et végétation, et ses étranges architectures, à la fois futuristes et médiévales, le monde du Jeu du Démiurge intrigue. Son étrangeté s’explique par l’Art (à commencer par la musique et la peinture), qui agit comme lien entre les personnages et comme moteur de certains évènements. La musique est d’ailleurs l’une des sources de ce texte, comme l’explique Philippe-Aubert Côté dans une interview (très intéressante par ailleurs, voir le lien ci-dessous). L’image de l’artiste brisé et/ ou incompris a toutefois tendance à écraser l’histoire par moments, et à lui donner un côté un peu trop mélodramatique (dans le mauvais sens du terme).

Si le background s’avère superbement abouti, le récit lui, est victime d’un ventre mou. Le début, plein d’originalité et de nouveautés, captive, malgré une propension de l’auteur à balancer de nombreux termes inventés et répertoriés dans un lexique. Il faut s’accrocher les premières pages, pour ingurgiter de nombreux mots de jargon, qu’il aurait été peut-être plus sage de présenter dans le texte même. Toutefois, les promesses sont tellement belles qu’on passe outre facilement. C’est plutôt la partie centrale de l’ouvrage qui pose problème, la trame de Takeo peinant à prendre de l’ampleur. De plus, malgré ses tentatives, l’écrivain québécois ne parvient pas tout à fait à créer une connexion émotionnelle avec ses personnages, plus particulièrement avec les Eridanis, qui paraissent si loin de nous. Il faut attendre la deuxième moitié du second livre pour que les fils patiemment tissés se rejoignent et brossent un tableau beaucoup plus nuancé des personnages. En jouant sur la redondance, le parallèle entre le destin de certains protagonistes et sur la répétition de leurs erreurs, l’auteur donne toutes les cartes pour comprendre ce qui va arriver, tout en brouillant bien les pistes. C’est à la fois un peu décevant, et en même temps, cela paraît tellement logique et cohérent par rapport au propos du livre qu’on ne peut que l’accepter comme le dénouement adéquat. Celui-ci s’avère donc très solide et impressionne, par l’équilibre qu’il atteint.

Pour son premier projet, Philippe- Aubert Côté propose une œuvre captivante, reposant sur un univers riche et immersif. Bien qu’il ne se soit pas facilité la tâche, avec une double narration, qui manque un peu de souffle en milieu de roman, on peut dire qu’il a relevé un beau défi ! Un jeune talent qu’on espère revoir bientôt !

Note : Philippe-Aubert Côté livre une foule d’informations sur Le Jeu du Démiurge, dans une interview publiée sur son site web (attention aux spoilers quand même). Plusieurs de ses nouvelles peuvent également être lues gratuitement, et il prodigue quelques conseils pour les écrivains en herbe. Très chouettes initiatives !

Site web : http://www.philippeaubertcote.com/

Le Jeu du DémiurgeAuteur : Philippe-Aubert Côté. Editions : ALIRE Année : 2015

Monsieur Scientas’Hic

 

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