[Critique] « L’Épée brisée » (The Broken Sword): le « Seigneur des Anneaux » de l’Oncle Sam

The Broken SwordMise à jour 14/11/14: C’est avec grand plaisir qu’un peu plus d’un an après la mise en ligne de cet article, nous pouvons rayer la mention « Jamais traduit en français ». The Broken Sword est enfin reconnu à sa juste valeur, grâce à Le Bélial. Plus aucune excuse pour ne pas plonger dans le monde fabuleux de L’Épée brisée!

(Le titre de l’article a été modifié mais le texte lui-même reste inchangé).

1954 fut une année riche pour la fantasy. En Europe, Tolkien publiait le premier tome du Seigneur des Anneaux. Pendant ce temps, de l’autre côté de l’Atlantique, Poul Anderson apportait au genre un autre chef-d’œuvre, qui n’a malheureusement jamais été traduit.

« L’épée Tyrfing a été brisée afin qu’elle ne puisse pas frapper les racines d’Yggdrasil, le grand arbre qui lie la Terre, le Paradis et l’Enfer…  Mais désormais, la puissante épée est nécessaire pour aider les elfes,  dans la terrible guerre qui les oppose aux trolls. Seul Skafloc, un enfant humain kidnappé et élevé par les elfes peut espérer persuader le géant des glaces Bölverk de reforger Tyrfing. Pour y arriver Skafloc devra affronter un adversaire de taille : Valgard, le changeling qui a pris sa place dans le monde des hommes. »

« L’Épée brisée (The Broken Sword) », de Poul Anderson (1954)

The Broken Sword n’est pas un récit ordinaire. C’est une épopée tragique qui trouve sa source dans les légendes nordiques. Skafloc est le fils d’Orm the Strong, puissant viking qui s’est approprié une terre par les armes. Mais son destin n’est pas celui d’un simple mortel. Dans ce monde sombre et violent, créatures magiques et humains se côtoient, sans que ces derniers n’en aient conscience. Skafloc est kidnappé et élevé par Imric, le chef des elfes. Son aventure le conduira sur le territoire des trolls, ainsi que dans le Nord, plus loin qu’aucun elfe même n’ose s’aventurer.

Cette description présage d’un récit manichéen, mais il n’en est rien. Les elfes sont certes du côté des « bons », mais leur cruauté n’a rien à envier à celle des trolls. La conception même de Valgard par Imric témoigne du peu de cas qu’ils font des autres races. Ils ne valent pas mieux que les trolls. Cette nuance se retrouve dans la trajectoire des deux protagonistes, Skafloc et Valgard. Au fil du temps, le côté sombre du premier apparait, tandis que le second est humanisé par ses tourments intérieurs.

Il règne une atmosphère de fin du monde dans ce roman. Les créatures magiques, bonnes ou mauvaises, doivent faire face à la montée du christianisme et à son dieu, qui les rendent impuissantes. Le lecteur possède plus d’informations que les personnages et assiste à la marche inéluctable des héros vers leur destin. Après avoir posé le contexte,  l’auteur ne vous laisse plus le temps de souffler, car les évènements basculent rapidement, dans un sens ou dans l’autre, parfois au prix de coïncidences peu crédibles. Le style âpre de Poul Anderson prend également à la gorge. L’auteur ne s’embarrasse pas de détails ni de descriptions. Il va aux faits, sans détours. Brusque et déroutant, mais efficace !

Cette simplicité dans l’écriture et dans la mise en scène, est paradoxalement très rafraichissante. Les éléments qui composent The Broken Sword paraissent classiques. Et ils le sont. Mais on n’a pas ici affaire à une énième copie. Non, tout comme Le Seigneur des Anneaux, paru la même année, ce livre fait partie des « originaux », ceux qui ont inspiré les plus grands romanciers de notre époque. Et ce caractère original transparait dans le texte.

Tout fan de fantasy devrait avoir lu The Broken Sword. Malheureusement, le roman d’Anderson n’a pas été traduit en français. Incompréhensible, au vu de sa qualité. Si l’anglais ne vous rebute pas, il n’y a pas à réfléchir : The Broken Sword est une œuvre majeure qui, dans son propre registre, n’a rien à envier au Seigneur des Anneaux.

Nicolas

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3 réflexions sur “[Critique] « L’Épée brisée » (The Broken Sword): le « Seigneur des Anneaux » de l’Oncle Sam

  1. Traduction rendue fin juillet. Je reçois les épreuves à corriger cette semaine. Nicolas Fructus bosse déjà sur la couverture (et peut-être y aura-t-il des illustrations intérieures). Merci de votre enthousiasme.
    Jean-Daniel Brèque

  2. Pingback: L’Épée brisée | Le Bibliocosme

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